Dossier réalisé par Pierre Demeulenaere
Si l'analyse du conflit social a largement été dominée par les conflits liés au travail et à la répartition des richesses, la sociologie a toujours été attentive, par exemple dans l'œuvre de Simmel, à la diversité des formes de conflit et à la pluralité de leurs enjeux, ainsi qu'à la question plus générale (et fondamentale) de la légitimité de l'ordre social. Aussi l'intérêt plus récent pour la diversité des formes de conflit prolonge-t-il une question plus ancienne : à partir de quel moment les individus considèrent-ils un ordre comme légitime, ou au contraire, illégitime et, dans ce dernier cas, dans quelles conditions sont-ils amenés à s'opposer à la situation en vigueur afin de faire prévaloir une nouvelle situation ?
Il y a donc deux aspects différents qui doivent être pris en compte : il y a d'une part les enjeux des mobilisations, qui ne se réduisent pas à la défense d'intérêts "matériels" (avec toute l'ambiguïté de ce terme) mais engagent des valeurs et des normes culturelles, dont il s'agit d'étudier la formation et le développement.
En même temps, se pose la question des conditions de l'émergence des mouvements collectifs. A cet égard, l'analyse a été fortement marquée par le paradoxe d'Olson qui montre, dans un livre célèbre de 1966, que si les membres d'une catégorie sociale ont un intérêt à défendre, ils risquent, du fait de ce même intérêt, de ne pas participer au processus qui permettrait de le réaliser. Les coûts de participation et la possibilité de bénéficier d'un bien public sans avoir participé à sa production peuvent en effet dissuader toute participation. Il est alors important de montrer que les conditions de l'action collective sont plus complexes que celles décrites par les hypothèses d'Olson et incluent notamment les enjeux liés à la perception de la légitimité.