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1. La production d'une monnaie honnête

1.3. Les épisodes d'hyperinflation

Dossier réalisé par Matthieu Mucherie

L'analyse des expériences d'hyperinflation est intéressante car elle montre clairement que la hausse du niveau général des prix est un mouvement auto-entretenu (image de la spirale, rôle des anticipations) qui peut rapidement dégénérer en crise de panique. Si les pays développés à économie de marché sont de nos jours délivrés de cette course folle, il existe néanmoins nombreux cas récents en dehors des pays de l'OCDE, comme en Argentine en 1990 (voir la rubrique "Données").

C'est dans ces situations que l'inflation exerce pleinement ses méfaits politiques, sociaux et économiques analysés en 1.1 et en 1.2. Un bon exemple historique nous est donné par Stephan Zweig dans "Le monde d'hier"[i]  sur l'Autriche du début des années 1920 (voir le texte plus bas): retour au troc, injustices, tensions sociales, climat d'incertitude radicale…

Un autre exemple nous est donné par les assignats lors de la révolution française[ii] .

Partant de la définition classique de l'hyperinflation, publiée en 1956 par Philip Cagan, nous établissons qu'une période d'hyperinflation commence le mois où la hausse des prix dépasse 50% et s'achève le mois avant que la hausse mensuelle des prix ne retombe au-dessous de ce niveau et s'y maintienne pendant au moins un an. Notons que 50% par mois, soit un peu plus de 1% par jour, cela correspond à une multiplication des prix par plus de 100 par an et par plus de 2 millions de fois en 3 ans…

L'hyperinflation est accompagnée, bien entendu, d'une croissance excessive de la masse monétaire. Mais l'origine de cette situation se trouve souvent dans une politique budgétaire excessivement déficitaire, lorsque l'Etat perd la confiance des investisseurs mais garde la possibilité de financer ses dépenses par création monétaire. Bien que, sur le papier, cette création monétaire puisse n'être qu'une avance sur recettes, en réalité, du fait des délais de perception de l'impôt, les recettes fiscales réelles diminuent avec l'inflation. L'Etat est alors engagé dans la spirale de la création monétaire pour anticiper sur des recettes qui n'arrivent jamais.

Comme l'inflation se nourrit aussi des anticipations d'inflation, on débouche rapidement sur une explosion des prix qui ne peut être brisée que par des mesures radicales (c'est-à-dire coûteuses en bien-être ; le plus souvent, la réduction drastique par l'Etat de ses dépenses). Comme l'écrit Gregory Mankiw, "si l'inflation est partout et toujours un phénomène d'ordre monétaire, la fin de l'hyperinflation est généralement d'ordre budgétaire".

 

 

[i]  Dans ce livre écrit vers 1940 au Brésil, et publié pour la première fois en 1944 (soit deux ans après la mort de l'auteur), Zweig dresse un tableau subjectif mais plein de vérité des grandes transformations que connue l'Europe suite à la première guerre mondiale ; le boulversement de l'ordre monétaire dans son pays d'origine, qu'il a pu observer de visu, a également profondément marqué ses compatriotes économistes (Mises et Hayek). 

[ii]  Cf. Florin Aftalion (1987), L'économie de la Révolution française, disponible aux PUF collection Quadrige, Paris, 1996, en particulier le chapitre IV (p.101-123) et lectures p.279-332.