2. Les difficultés de mise en œuvre de la politique budgétaire

2.2. Anticiper sur les anticipations des agents économiques

Dossier réalisé par Alexandre Vodovar

La politique budgétaire a pour objectif de lisser les cycles économiques. Ceux-ci peuvent être causés par des fluctuations de la consommation amplifiées par des fluctuations de l'investissement. Tant que la consommation est liée au revenu courant, on peut encore en prévoir le cheminement. Lorsqu'elle est reliée aux variables monétaires (taux d'intérêt, anticipation de l'inflation), voire à la valeur future du patrimoine, cela devient beaucoup plus difficile. Ce que les entrepreneurs ont beaucoup de mal à faire – mettre en place un programme d'investissement qui soit le plus proche possible de l'évolution de la consommation – on voit mal comment l'Etat pourrait y parvenir – d'autant que les effets d'agrégation peuvent masquer des surcapacités ici, des goulots d'étranglement là…

A cette première difficulté s'en ajoute une autre qui est de nature symétrique : lorsque les agents sont mis au courant de la politique économique décidée par le gouvernement, ils peuvent réagir à ces mesures pour en modifier les effets.

C'est Robert Barro qui, en 1974 a, le premier, émis l'hypothèse que le déficit budgétaire programmé par l'Etat risquait de se traduire par une diminution de la dépense privée de sorte que son effet ultime serait nul. Cette thèse est inspirée le principe de l'équivalence ricardienne entre le financement d'un déficit budgétaire par l'impôt ou par l'emprunt. Certes, l'hypothèse que les ménages disposeraient de la science qui manquerait aux autorités politiques est peu tenable. En termes techniques, la réalité est sans doute plus proche des anticipations adaptatives friedmaniennes que des anticipations purement rationnelles. De plus, ce dernier principe ne tient qu'un compte très réduit d'un autre principe économique de puissance sans doute équivalente qui est la préférence pour le présent.

D'un débat qui n'est pas terminé, il reste que les paramètres des modèles macroéconomiques ne sont que très partiellement transposables du passé au présent, voire au futur. L'incertitude qui pèse sur les coefficients de réaction pèse nécessairement sur les résultats des politiques macroéconomiques. Une manière de réduire cette incertitude consiste, pour le gouvernement, à fixer un cap à moyen terme et à répéter inlassablement qu'il tiendra ce cap. Ce faisant, il instaurera un climat de confiance entre le dire et le faire. En même temps, cela signifie que la politique ne sera plus spécialement conjoncturelle car rien ne dit que le cycle de la confiance se superpose au cycle réel de l'économie.