Le financement par émission d'actions est lié à la bourse dont le marché secondaire permet de rendre liquides des actifs a priori illiquides. Cet avantage considérable est cependant payé par des risques d'origines diverses qui, lorsqu'ils se concrétisent, se traduisent en crise financière. Celle-ci peut, sous certaines conditions, se transformer en crise économique réelle. A ce moment, une boucle du financement est inversée puisque ce qui devait faciliter le développement économique le freine, voire le pénalise.
Le principal risque des marchés financiers vient de la déconnexion entre la valeur réelle des actifs et leur valeur marchande. Cette déconnexion est dans la nature même du pari entrepreunarial. Comme le dit J.-M. Keynes, « à vrai dire, nous devons admettre que le savoir de base grâce auquel nous estimons la rentabilité pour les dix ans à venir d'une ligne de chemin de fer, d'une mine de cuivre, d'une usine textile, la valeur d'un brevet pharmaceutique, un paquebot transatlantique, un immeuble dans la City de Londres, s'élève à peu de choses, sinon rien souvent » (Théorie générale, ch. 12). Mais l'échec du plan de développement d'une entreprise ne peut entraîner de crise boursière ni, a fortiori, de crise économique générale.
La crise boursière naît du jeu de la spécularité. Dans une vision purement spéculative, les opérateurs espèrent faire une plus-value dans un délai très court. Dans ce cas, ce ne sont plus les fondamentaux de l'entreprise qui comptent, mais les anticipations des autres opérateurs de marché. J.-M. Keynes a formalisé cette approche avec l'exemple du concours de beauté où le gagnant est celui qui anticipe sur le jugement des autres. Néanmoins, les spéculateurs professionnels gardent le plus souvent les pieds sur terre. Pour que naisse une bulle spéculative, il faut quelques circonstances complémentaires.
1. La démocratisation dans l'accès aux marchés financiers
Lors de la crise de 1929, Paul Claudel, ambassadeur de France à Washington, note que « les acheteurs étaient faits par une foule de plus en plus nombreuse de spéculateurs, sans tenir compte des bilans des sociétés, de leurs gains et de leurs perspectives raisonnables pour l'avenir ». Un phénomène de même genre a pu se produire lors de la bulle de l'Internet qui a été vraisemblablement nourrie par l'arrivée des courtiers en ligne : des capitaux se sont investis directement, sans la médiation traditionnelle des banquiers, et avec une volatilité vraisemblablement très importante. En d'autres termes, c'est le levier des capitaux attirés par la montée des cours qui crée la bulle spéculative. Très souvent les spécialistes de marché se sont retirés avant qu'elle n'éclate.
2. Une croyance externe
On appelle croyance externe une représentation collective qui imprègne l'esprit des intervenants pendant une période donnée. Alors que chacun sait que « les arbres ne montent pas jusqu'au ciel », il n'est pas inintéressant de rappeler que, lors de la bulle spéculative japonaise, le ratio cours/bénéfices atteignait la valeur 80 contre moins de 20 aux Etats-Unis : qui peut croire que l'on peut attendre presqu'un siècle avant de récupérer en profit la valeur de l'investissement ! Pourtant, « à la fin de l'année 1988, Nomura, la plus grosse maison de titres du monde, placardait dans tous les journaux que ceux qui jugeaient le cours des actions trop élevés devraient faire leur révolution copernicienne au lieu de s'accrocher au système de Ptolémée » (Japon Economie,n° 264, janvier 1995, p. 4)
3. Une abondance de liquidités
Evidemment, cette montée des cours est impossible sans apport de liquidités. Cependant, là encore, les liquidités disponibles sont limitées et, en dehors du crédit, elles ne peuvent s'accroître que par liquidation d'autres actifs. De fait, les bulles spéculatives intenses sont nourries par l'abondance du crédit : Paul Claudel fait encore remarquer que, « en vue de garder (leurs titres), les acheteurs payaient des taux d'intérêt allant jusqu'à 20%. » Au Japon encore, dans la deuxième moitié des années 1980, certaines entreprises émettaient en francs suisses des obligations à warrant (permettant une souscription à une future augmentation de capital) au taux de 1 % pour les placer au Japon, au taux du marché à 5 % !