Toutes les crises boursières ne se traduisent pas en crise économique et l'ampleur même de cette crise économique, si elle a lieu, est corrélée de façon multiplicative au montant de l'endettement qui a nourri la bulle spéculative.
Les canaux de transmission de la crise boursière en crise économique sont les suivants :
1. L'effet de richesse
Milton Friedman a montré que, à partir d'un certain niveau de développement, et spécialement dans le contexte culturel des Etats-Unis, la consommation était reliée au patrimoine des ménages. Si la valeur de ce patrimoine diminue, voire s'effondre, la consommation va elle-même diminuer. A priori, lorsque le patrimoine sert de garantie à l'acquisition de biens durables, il n'y a pas de risque majeur de crise : l'effondrement des cours de bourse n'empêche pas un ménage de rembourser ses traites sur son automobile. Par contre, lors de la crise des subprime, des ménages ont cautionné leurs prêts sur la valeur de leur patrimoine immobilier. La baisse du prix de l'immobilier se traduit alors par une dette supérieure aux actifs. Si les actifs sont réalisés par la banque à un prix inférieur à la valeur de la dette, les ménages doivent rembourser un crédit pour un logement qu'ils ne possèdent plus. L'impact sur la consommation de ces ménages est immédiat, sans oublier le problème social que cela représente.
2. L'effet de coût de capital
Avec la crise boursière, la valeur des titres diminue. Une émission d'actions est donc peu avantageuse pour une entreprise car elle suppose d'émettre beaucoup plus de titres pour une même valeur d'emprunt. L'augmentation du nombre de titres se traduit par ailleurs par une dilution du droit de vote lié aux actions et par une diminution du dividende par action. Les entreprises préfèrent dont reporter leurs émissions de titres après un krach boursier
3. L'effet de credit crunch (rationnement du crédit)
Après un krach boursier, les banques deviennent beaucoup plus sélectives dans leur distribution de crédit. De ce fait, l'investissement est reporté, faute de financement.
En cas d'endettement massif des agents économiques, comme en 1929 aux Etats-Unis ou en 1989 au Japon, l'intervention du banquier central peut difficilement éviter une longue période de purge. C'est Irving Fisher qui l'a montré, dans un article de 1933, en mettant en lumière la crise de la déflation par la dette. En voici les principaux moments.
1. Comme les entreprises ne réalisent pas leurs plans de vente, elles sont surendettées : le ratio dettes/chiffre d'affaires augmente
2. Pour se désendetter, les entreprises veulent accroître leur chiffre. Elles diminuent leurs prix, espérant une augmentation des quantités vendues. Comme toutes les entreprises agissent de la même façon, c'est le chiffre d'affaires qui diminue. Contrairement aux attentes, le ratio d'endettement s'accroît.
3. Si les taux d'intérêt ne baissent pas suffisamment, la baisse des prix se traduit par une augmentation des taux d'intérêt réels, ce qui rend l'investissement moins rentable.
4. Une autre manière d'agir consiste à augmenter le taux de marge, pour rembourser la dette. Mais, en diminuant les salaires, c'est le pouvoir d'achat que l'on compromet. Ainsi, le chiffre d'affaires diminue avec le même effet que précédemment.
5. Le surendettement des entreprises peut entraîner des faillites bancaires, ce qui donne une ampleur nouvelle à la crise.
6. Dans tous les cas, a minima, l'investissement des entreprises est reporté, ce qui freine l'activité économique dans ce secteur et y introduit le chômage.
7. Le chômage rebondit en baisse de consommation… selon un cercle vicieux qu'il est facile de compléter.
L'exemple du Japon montre qu'aucune politique économique ne vient réellement à bout de ce cercle vicieux et que la reprise économique suppose vaincues les forces de déflation, ce qui a pour condition première que le bilan des agents économiques soit redevenu sain, c'est-à-dire que l'excès de dette soit apuré.