5. Egalisation des conditions et démocratie

5.2. Les domaines de l'égalité dans la pensée de Tocqueville

Dossier réalisé par Eric Keslassy

L'égalité politique


L'égalité politique qui se traduit par l'exercice de sa citoyenneté (le peuple peut s'exprimer et participer aux affaires publiques) et par l'existence d'un contrôle social formel. Il s'agit d'un processus politique et juridique. Les individus des temps démocratiques sont des citoyens qui ne peuvent se différencier par des privilèges : "il n'existe plus de caste." Il y une égalité des droits individuels c'est-à-dire une égalité de tous devant la loi ce qui justifie l'émergence d'institutions représentatives. Parallèlement,

L'égalité des considérations


Parallèlement, dans l'imaginaire démocratique, les individus démocratiques se voient et se vivent comme égaux. Il s'agit d'un processus culturel qui développe une égalité de dignité, d'estime sociale et de respect. Comme l'égalité se propage dans les mœurs, au point de devenir une norme, les individus des temps démocratiques se considèrent comme égaux en dépit des inégalités réelles de situation.

L'égalité des opportunités


La société d'Ancien régime est une société d'ordres. Elle est donc composée d'une multitude de "petites nations" (A. de Tocqueville), fermées sur elles-mêmes. La mobilité sociale y existe, mais elle est généralement lente et ses procédures relèvent des relations sociales davantage que de l'effort individuel. La contrepartie de ce frein au progrès personnel est la conservation inter-générationnelle des métiers. Frantz Funck-Brentano en dresse un tableau saisissant.

A contrario, dans les sociétés démocratiques, la porte est grand ouverte aux ambitions personnelles. Normalement, les postes acquis par une génération ne sont pas conservés au sein de la même famille dans la génération suivante. On entre donc dans un monde de compétition individuelle et permanente.

Pourtant, note A. de Tocqueville, la plupart des individus dédaigneront bientôt cette compétition pour ses résultats incertains et ils accepteront la médiocrité relative de leur situation pour peu qu'elle leur assure une certaine tranquillité. Voilà sans doute un effet inattendu de l'ouverture des barrières sociales et un handicap réel pour une réelle fluidité sociale auquel on n'accorde généralement qu'une importance restreinte.
Parallèlement, on sait que l'école est cet instrument par lequel la mobilité sociale passe de l'idéal à la réalité. Le débat porte généralement sur le fait de savoir si l'école répond à cette mission. Dans cette perspective, on tempère généralement le déterminisme social développé par P. Bourdieu par la dynamique des choix personnels sur laquelle insiste davantage R. Boudon. On s'interroge néanmoins assez peu avec A. de Tocqueville sur la manière dont le contenu même de l'art littéraire, élément essentiel du capital culturel, se transforme avec la démocratisation de la société.

L'égalité des conditions


Tocqueville est le penseur de la démocratie moderne. En effet, contrairement à Montesquieu, il ne présente pas la démocratie seulement comme un régime politique mais comme un état social qui progresse sous l'effet de ce qu'il appelle "l'égalité des conditions."

L'égalité des conditions juridiques est aujourd'hui atteint parfois encore de manière formelle dans certains pays du monde, mais elle est la norme. Cela nous rend sans doute plus sensible aux restrictions qui subsistent comme pour la situation des sans-papiers, c'est-à-dire des sans-droits. L'égalité des conditions économiques est son corrélat, mais ici, un texte de loi appuyé sur l'appareil judiciaire ne suffit pas pour l'obtenir. D'où la séparation en deux écoles : l'égalité des conditions de la réussite économique contre l'égalité des conditions de la vie économique. Egalité des chances ou égalité des résultats.

En lisant Voltaire et en paraphrasant Hirschman, on pourrait dire que les fondateurs de nouveau monde ont "voté avec leurs pieds". Le monde démocratique organisé autour de l'égalité des conditions qu'ils ne trouvaient pas dans l'Europe hiérarchisée, ils sont allés l'inventer dans une terre vierge. Peut-on trouver plus bel argument pour illustrer le débat sur le déterminisme historique, la priorité des idées ou celle des contraintes techniques ?

Ces pèlerins ont réellement réalisé cette égalité formelle qui est la caractéristique principale de la démocratie. L'une des caractéristiques les plus significatives de cette égalité se trouve dans la nature des relations interindividuelles autant que dans la nature du contrat social qui, on le sait, était la pierre de voûte du débat sur l'égalité parmi les Philosophes des Lumières.

En même temps, la démocratie paraît être le dernier combat de nature politique. En tout cas, dans les sociétés démocratique, la recherche du bien être matériel paraît l'emporter sur toute autre préoccupation. Alors que Hegel ou Tocqueville en étudiaient les germes, Fukuyama en postule la réalisation.

Finalement, cet état social qui se transforme progressivement, se reflète finalement dans les lois. Dans le grand débat pour savoir si les lois font les mœurs ou si les mœurs font les lois, A. de Tocqueville laisse entendre que les faits donnent raison aux partisans d'un droit flexible qui deviendra progressivement la norme au XXème siècle.