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6. Pour un bilan de l'action des banques centrales G3

6.3. La Banque du Japon ou la croissance bridée

Dossier réalisé par Matthieu Mucherie

Il est assez facile de dresser un bilan de l'action de la Banque du Japon (BoJ) sur la période 1989-2002 car ce bilan est nettement calamiteux. Après qu'elle ait au mieux fermé les yeux et au pire encouragé les déséquilibres qui ont conduit aux bulles boursière et immobilière, la banque centrale japonaise a, au moment de leur éclatement en 1990-1992, tardé à réagir, à la façon de la Fed des années 1930-1933. Puis, elle a baissé les taux directeurs jusqu'au niveau plancher de zéro. Mais, à partir de ce moment (que l'on peut dater de 1995 environ), elle est devenu incapable de stimuler une croissance durablement atone et de venir en aide à un secteur financier sinistré. On retrouve là une situation rare mais très bien connue des économistes depuis Keynes : la trappe à liquidités, jointe à une debt-deflation "à la Fisher".
 
L'abîme entraînant l'abîme, et l'incurie des responsables budgétaires aidant (voir en particulier la désastreuse décision de hausse des impôts en 1996, et surtout le soutien aux secteurs les moins rentables, comme le BTP, dans une logique clientéliste), les décideurs de la politique monétaire désormais impuissante ont cherché des voies hétérodoxes pour sortir de l'impasse sans jamais se décider clairement, de sorte que le tableau ne s'est éclaircie (timidement) qu'à partir de 2003, avec le retour de la croissance. Pourtant, de nombreux économistes, Paul Krugman en tête, avaient conseillé au Japon d'encourager les anticipations d'inflation (voir 4.1). D'autres avaient préconisé une action via le taux de change…

On retrouve donc ici une leçon de politique monétaire dégagée par Milton Friedman : en cas de crise, il faut faire "vite et fort" pour rétablir la confiance, tant il est vrai qu'en la matière les guerres perdues se résument toujours en deux mots : "trop tard".