Si le protectionnisme généralisé a souvent accompagné le désastre économique, le bilan historique du protectionnisme agricole se révèle assez contradictoire.
En fait, plusieurs paramètres doivent être pris en compte : effets de la politique commerciale sur les prix et la productivité, part des débouchés dans le monde rural, taux de chômage et contrainte d'emploi dans l'industrie, importance des représailles, etc.
Ainsi, à certaines époques, l'ouverture commerciale qui pèse sur les prix et accélère la disparition des exploitations "marginales", rend une partie de la main-d'oeuvre disponible pour l'industrie. La productivité agricole moyenne s'accroît mécaniquement puisque seules subsistent les exploitations les plus performantes. De plus, la concurrence des importations incite les agriculteurs à améliorer leur compétitivité. La croissance économique est alors commandée par une logique d'offre. La régression des débouchés dans le secteur rural est compensée par l'exportation des produits industriels.
Dans les phases de récession ou de stagnation de la production industrielle, parfois accompagnées d'une plus grande difficulté d'exporter, la régression des revenus agricoles amplifie la crise économique et le chômage. Les prix agricoles subissent le double effet de la concurrence extérieure et de la déflation mondiale. Dans ce cas, le protectionnisme agricole peut jouer un effet contracyclique comme soutien aux prix et aux revenus si, toutefois, il n'enclenche pas un cycle protection-représailles. La politique agricole du New Deal était ainsi fondée, dans une société où le secteur primaire était encore important, sur cette problématique de relèvement des prix. Faute d'accords internationaux, elle ne peut être envisagée que dans le cadre d'une protection aux frontières.
L'expression de "protectionnisme agricole" est devenue aujourd'hui bien étroite. Les barrières aux importations, tarifaires ou non tarifaires, ne constituent qu'un aspect des politiques agricoles: les subventions à la production, aux revenus, aux exportations ont connu, dans les années 1980, une très forte expansion.
Les politiques agricoles posent deux types de questions : celle de leur légitimité et celle de leur efficacité, ce qui nécessite une analyse des instruments mis en oeuvre pour orienter un secteur aux mécanismes économiques particuliers.