Gunnar Myrdal s’initie à l’analyse économique à l’Université de Stockholm ; c’est d’ailleurs dans cette institution qu’il effectue l’essentiel de sa carrière d’universitaire. Ses activités d’enseignement s’accompagnent d’activités proprement politiques : élu sénateur en 1934 sous les couleurs des sociaux-démocrates, il est ministre suédois du Commerce entre 1945 et 1947, puis secrétaire de la Commission des Nations Unies pour l’Europe. Fort d’une autorité internationale très tôt affirmée, il se voit confié en 1938 une longue mission d’étude sur le sort des Noirs aux Etats-Unis par l’Institut Carnegie. Il en résultera An American Dilemma : the Negro Problem and Modern Democracy, ouvrage phare sur la question qui influera sur la suppression de la ségrégation raciale dans ce pays.
En matière économique, Gunnar Myrdal commence par concentrer ses travaux sur la théorie monétaire et des cycles. Il affine l’étude de la formation des prix en y intégrant les anticipations des agents. Il est le premier à utiliser les concepts d’ex ante et d’ex post, et ce pour établir une distinction entre les anticipations d’épargne et d’investissement et les grandeurs effectivement observées. Myrdal soutient la thèse selon laquelle c’est un déséquilibre ex ante entre les grandeurs, déséquilibre qui se maintient ex post, qui est à l’origine des fluctuations d’activité économique, du chômage et de l’inflation. Il anticipe ainsi la révolution keynésienne et son accent mis sur le rôle des anticipations des agents économiques.
Par ailleurs, Myrdal s’est opposé aux théories néo-classiques en contestant leurs modèles d’analyse des économies du tiers monde et en préconisant le protectionnisme des industries naissantes, la protection sociale, la planification et, plus largement, le rôle régulateur de l’Etat. Il a cependant montré les effets potentiellement négatifs du revenu minimum sur l’emploi, ouvrant ainsi la voie aux travaux de George Stigler.
Comme Hayek, Gunnar Myrdal est convaincu que l’économie n’est pas suffisante en elle-même pour expliquer les mécanismes complexes d’évolution des sociétés : les faits économiques se doivent d’être réintégrés dans leur contexte historique et sociologique pour être appréhendés. L’économie n’est alors qu’une science humaine parmi d’autre qui n’a pas vocation à décrire exclusivement l’ensemble des comportements humains ou sociaux.
C’est donc logiquement – en dépit de leurs divergences idéologiques – que le prix Nobel de l’économie leur sera conjointement remis en 1974.
(1972), The Challenge of World Poverty. A World Anti-Poverty Program in Outline, traduction française sous le titre Le défi du monde pauvre. Les grandes lignes d’un programme mondial anti-pauvreté, Gallimard, 1972
(1968), Asian drama: an inquiry into the poverty of nations, traduction française sous le titre Le drame asiatique. Une enquête sur la pauvreté des nations, Paris, Seuil, 1976
(1953), The Political Element in the Development of Economic Theory
(1944), An American Dilemma: the Negro Problem and Modern Democracy
(1939), Monetary equilibrium