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5.2. L'intégration par la famille

La communauté de la famille


Tönnies, Ferdinand (1887), Communauté et société, Paris, PUF, p. 27-28


L'organisation de la maison est importante avant tout du point de vue de l'économie domestique, c'est-à-dire, dans son aspect économique, comme communauté travaillant et jouissant ensemble. La jouissance qui se répète, semblable à la respiration, est la nutrition, d'où la fabrication et la préparation de la nourriture et de la boisson comme travail le plus indispensable et le plus régulier. Il a été remarqué déjà que le travail est partagé entre les descendants, et, de même que la forêt et le champ sont la sphère extérieure naturelle, ainsi le foyer et sa flamme vivante constituent le germe et l'essence de la maison même, le lieu où homme et femme, jeunes et vieux, maîtres et domestiques se rassemblent pour participer au repas. Ainsi le foyer et la table prennent-ils une signification symbolique : celui-là incarnant l'énergie durable et vivante de la maison dans la suite des générations, celle-ci l'union des membres actuels dans la conservation et le renouvellement du corps et de l'âme. La table est la maison elle-même en tant que chacun y a sa place et y reçoit la part qui lui est due. Alors qu'auparavant les associés se séparent et se divisent pour réaliser le même travail, ici se fait le regroupement pour le partage nécessaire de la jouissance. La jouissance commune des autres biens particuliers est semblable à celle que crée la division ou l'unité du travail. L'échange proprement dit est opposé à la nature de la famille ; il n'existe qu'au delà du partage et dans la mesure où les individus désirent une propriété indépendante et leur revenant, utilisant par exemple des objets que chacun peut avoir créés pour soi, en dehors de l'activité commune. La maison elle-même, comme unité, et par la main de son maître ou de son gérant, peut transformer le surplus de ses produits en formes apparemment utiles par le moyen de l'échange. Un tel échange ne peut être compris qu'en tant qu'il a lieu entre les familles d'une communauté se présentant elle-même comme une famille unique (comme dans le village, la ville, et entre ville et campagne dans une contrée ou le domaine d'une ville) ; il s'accomplit alors dans le calme et la paix, suivant des principes que la réflexion révèle justes, comme l'expression d'un partage régulier, semblable à la jouissance commune autour d'une table garnie. On remarquera qu'en cela résidera toujours, quoique très cachée, l'idée de l'échange, de la simple circulation des marchandises. Mais les manifestations d'une telle idée peuvent se retrouver loin d'elle, n'être plus que sa déformation, de sorte qu'en dernier lieu, pour être bien comprises, elles doivent être considérées en elles-mêmes et expliquées par les besoins et les volontés des individus.