disponible www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/index.html
Les évaluations des rendements futurs sont fondées en partie sur des faits actuels, qu'on peut supposer être connus avec plus ou moins de certitude et en partie sur des événements futurs qui ne peuvent qu'être prévus avec plus ou moins de confiance. Dans la première catégorie on citera le volume actuel des divers types de capitaux et celui du capital en général ainsi que l'intensité de la demande actuelle des consommateurs portant sur les richesses dont la production à haut rendement exigerait une participation relativement plus importante du capital. Dans la seconde catégorie figurent les changements futurs dans l'espèce et la quantité des divers capitaux et dans les goûts des consommateurs, l'ampleur de la demande effective à diverses époques de l'existence du capital en cause et enfin les variations qui peuvent apparaître, au cours de son existence, dans la valeur monétaire de l'unité de salaire. On peut resserrer l'état psychologique d'attente vis-à-vis des événements de la seconde catégorie dans l'expression d'état de la prévision à long terme- la prévision à long terme ne devant pas être confondue avec la prévision à court terme examinée au Chapitre V, qui sert de base aux producteurs lorsqu'ils évaluent le prix qu'après son achèvement ils tireront d'un produit s'ils décident d'en commencer tout de suite la fabrication avec l'outillage existant.
Il serait absurde, lorsqu'on forme des prévisions, d'attacher beaucoup de poids aux choses très incertaines1 . Il est donc raisonnable de se laisser guider dans une large mesure par les faits dont on se sent suffisamment certain, même s'ils n'ont pas pour le résultat considéré une importance aussi décisive que d'autres faits dont on n'a qu'une connaissance limitée et imprécise. C'est pourquoi les faits actuels jouent un rôle en quelque sorte disproportionné dans la formation de nos prévisions à long terme ; notre méthode habituelle consistant à considérer la situation actuelle, puis à la projeter dans le futur après l'avoir modifiée dans la seule mesure où l'on a des raisons plus ou moins précises d'attendre un changement.
Par suite l'état de la prévision à long terme ne dépend pas seulement de l'éventualité la plus probable qu'on puisse envisager. Il dépend aussi de la confiance avec laquelle on la prévoit, c'est-à-dire, de l'évaluation qu'on fait de la probabilité pour que sa prévision la mieux établie se révèle complètement fausse. Lorsqu'on s'attend à des variations. profondes, mais qu'on est très incertain de la forme qu'elles revêtiront, on n'a qu'une confiance limitée.
L'état de la confiance, comme disent les hommes d'affaires, est une chose à laquelle ils prêtent toujours l'attention la plus stricte et la plus vigilante. Mais les économistes ne l'ont pas analysée avec soin et se sont contentés le plus souvent d'en disputer en termes généraux. En particulier, ils n'ont pas clairement indiqué que son importance dans les problèmes économiques vient de l'influence considérable qu'elle exerce sur la courbe de l'efficacité marginale du capital. L'état de la confiance et la courbe de l'efficacité marginale du capital ne sont pas deux facteurs distincts, agissant séparément sur le flux d'investissement. L'état de la confiance intervient parce qu'il est un des facteurs principaux qui gouvernent cette courbe, laquelle est la même que la courbe de la demande de capital.
1. En disant "très incertaines" nous ne voulons pas dire "très improbables". Cf. notre Treatise on Probability, Chap. VI. "Le poids des arguments".