© Melchior 2007 : Ressources pédagogiques pour les professeurs de sciences économiques et sociales des lycées (SES)
Après une longue période de stagflation, les Etats-Unis ont pris le risque de multiplier les réformes structurelles. Ces changements ont été orchestrés dans les années 1980 par le président Reagan. Parallèlement, le policy mix a été complètement inversé, avec le succès que l'on sait en termes d'inflation et de chômage. La mobilisation des facteurs de production en a été radicalement transformée, au point d'avoir contribué pour beaucoup à la divergence atlantique.
D'où vient le décrochage économique de l'Europe par rapport aux Etats-Unis ? Cette question suscite de nombreux débats entre économistes car les modèles théoriques (croissance néo-classique, croissance endogène) laissent perplexes et ils ne permettent pas de trancher sur les origines du phénomène.
Traditionnellement, deux camps s'affrontent. Il y a d'abord ceux pour qui "tout est structurel" dans les difficultés européennes : la Banque Centrale Européenne (BCE), par exemple, est coutumière de ce discours, relayé par les partisans d'une politique de l'offre. On trouve ensuite ceux qui mettent en avant le rôle d'un policy-mix inadapté et rigide : parmi eux se trouvent en premier lieu les économistes néo-keynésiens, surtout préoccupés par les fluctuations de la demande. Pourtant, dans les faits, politiques conjoncturelles et transformations structurelles apparaissent largement complémentaires. Une deuxième ligne de partage, plus récente, divise ceux qui analysent la baisse des heures travaillées en Europe comme la résultante d'un choix (le loisir plutôt que le revenu), et ceux pour qui ce mouvement n'est que la conséquence d'une contrainte (politique, économique ou fiscale). Enfin, les rôles respectifs du progrès technique, de la fiscalité, des marchés financiers et de la gouvernance des entreprises sont délicats à estimer dans la mesure où il existe de nombreuses interactions entre eux.
Les partisans de cette thèse ont longtemps eu le vent en poupe, dans les années 1990, lorsque le policy-mix européen était consacré à d'autres buts que la croissance et l'emploi (préparation de la monnaie unique…). Ils mettent en avant que si le taux de croissance de la production potentielle relève d'une politique d'offre, l'écart au sentier de croissance potentielle relève d'une politique de demande. Or, entre 1992 et 2003, l'écart annuel moyen au sentier de croissance potentielle (tel que mesuré par l'output gap) a été négligeable aux États-Unis mais s'est élevé à 1,2 points de pourcentage du PIB potentiel dans l'Union européenne. Depuis 1979, l'écart au potentiel est, en moyenne, d'après l'OCDE, de 1,3 point de pourcentage en France, 0,7 en Allemagne et 0,8 en zone euro. Si l'économie ne croît même pas à son rythme potentiel, il y a de la place pour une action monétaire et budgétaire plus vigoureusement contra-cyclique. Ce raisonnement prend de la force quand on compare les comportements des banquiers centraux depuis 1999 (cf. le dossier de politique monétaire, disponible sur ce site) et quand on mesure la faiblesse de l'action budgétaire contra-cyclique en zone euro sur le dernier cycle.
Les pays membres de la zone euro réagissent en ordre dispersé face aux chocs économiques. La politique économique de la zone, qui résulte de la combinaison d'une politique monétaire unique et de douze politiques budgétaires décentralisées n'existe que par défaut, et n'est par conséquent ni active, ni réactive, ni même aisément formulable. Elle ne remplit pas, de ce fait, l'un des rôles primordiaux de la politique économique : ancrer les anticipations des agents. Depuis ses débuts, le policy mix a été jugé plutôt insatisfaisant . En théorie, la politique monétaire peut accompagner une politique structurelle par une baisse des taux d'intérêt et en quelque sorte déplacer vers le présent des bénéfices qui ne se matérialiseraient spontanément que dans un futur éloigné, modifiant ainsi le profil inter-temporel des effets des réformes économiques et contribuant à la rendre acceptables. Mais, c'est là que le cadre européen actuelle fait question, un gouvernement qui entreprend une réforme ne peut espérer aucun soutien de la BCE, parce que celle-ci ne peut pas compromettre son indépendance en s'engageant. Tout au plus pourrait-elle accompagner les réformes si elles étaient conduites conjointement par plusieurs grands pays, une hypothèse très improbable compte tenu de l'hétérogénéité des préférences en zone euro et du caractère non synchrone des cycles électoraux. Dans tous les cas, elle est contrainte par la situation économique moyenne de la zone euro.
La politique monétaire européenne est ainsi prise dans une trame de rigidités que n'améliorent ni l'objectif d'inflation (trop ambitieux) ni la faible accountability de la BCE. Le Pacte de stabilité, censé aider à la coordination budgétaire, est entré en crise dès le premier ralentissement de la conjoncture d'un grand pays. Un régime de politique macro-économique susceptible de répondre de façon efficace aux chocs est pourtant d'autant plus nécessaire à la croissance européenne que nos institutions micro-économiques (marchés du travail et marché des biens) sont peu aptes à répondre aux fluctuations cycliques. A l'opposé, les Etats-Unis ont, depuis 2001, "mis le paquet" pour stimuler la conjoncture, peut-être trop. Une action résolue qui contraste avec l'inertie des responsables européens (Etats, UE, BCE), englués dans des règles et des routines. L'Amérique donnant des leçons de keynésianisme à l'Europe, voilà quelque chose qui n'était pas arrivé depuis les années 1960, voire les années 1930.
Apportons toutefois des limites à cette thèse du primat du policy-mix dans les difficultés européennes, qui toutes mettent l'accent sur le fait que les réformes structurelles sont la condition de l'efficacité des politiques conjoncturelles :
1/ Le soutien de la demande ne peut aujourd'hui se faire que par des méthodes atypiques : baisse des prix (concurrence accrue) ou modernisation de la technologie de prêts aux ménages, par exemple. La stimulation de la demande de biens et services peut difficilement se faire par une hausse supplémentaire des déficits publics (étant donné le niveau atteint dans les grands pays de la zone euro), ou par une baisse supplémentaire des taux d'intérêt (les taux longs ayant déjà commencé à remonter) ou par des hausses de salaires (du fait de l'intensité de la concurrence). On ne pourra désengorger le policy-mix européen qu'en élargissant la gamme des instruments du côté des politiques structurelles : certaines réformes, dans le domaine par exemple des retraites, pourraient soulager la politique budgétaire et lui donner ainsi plus de latitude dans son rôle de stabilisation de la conjoncture. Par ailleurs, certaines politiques structurelles contribueraient à améliorer la capacité spontanée de résistance des économies lorsqu'elles sont confrontées à des chocs économiques défavorables et à renforcer l'efficacité des politiques monétaires. C'est le cas, par exemple, du marché hypothécaire (document2).
2/ On ne voit pas bien la différence de policy-mix entre la Belgique et les Pays-Bas, ou entre l'Allemagne et le Danemark ; or, le taux de chômage varie de 1 à 2 entre ces pays… Cela s'explique par le fait que les politiques structurelles ne sont pas les mêmes dans ces couples de pays. Le cas néerlandais est instructif, avec une réforme profonde de la fiscalité et du marché du travail, qui a permis une forte croissance de l'emploi . Le cas danois est tout aussi spectaculaire : sur la période 1994-2000, le taux de chômage est passé de 10% à moins de 5%. Dans cette évolution, les réformes du marché du travail ont joué un rôle essentiel ; elles ont pris la forme d'un durcissement des conditions d'accès au système d'assurance chômage (passant de 6 mois à 12 mois de cotisations) et d'une réduction de la durée maximale d'indemnisation (passant de 9 à 4 ans) ; l'activation des dépenses passives a également été renforcée : la durée d'indemnisation sans obligation d'entrer dans des programmes de retour à l'emploi est passé de 24 mois à 12 mois, et à 6 mois pour les moins de 25 ans ; enfin, l'administration des transferts a été largement décentralisée au niveau régional. On peut se reporter à Blanchard (2004) pour des approfondissements sur les "miracles" en Europe.
Plus généralement, il est douteux que l'on puisse résoudre le grand problème européen (le sous-emploi) par un meilleur pilotage macroéconomique si l'essentiel du chômage de l'UE est structurel (Document 4) et si le policy-mix n'a que peu d'impact sur le taux d'activité des moins de 25 ans et des plus de 54 ans. Ajoutons que le décrochage de l'Europe par rapport aux Etats-Unis date au moins de 1993-1995, soit un cycle entier et le début d'un second : un peu trop pour parler d'un simple différentiel de demande, suffisamment pour pouvoir incriminer les conditions de l'offre.
Alfred Sloan, le grand architecte du fabuleux essor de General Motors, affirma un jour : “I believe in competition as an article of faith, a means of progress, and a way of life”. La concurrence est au cœur même du pacte social américain, de sa Constitution. En Europe, par contre, la mise en place, durant les années fastes, de pratiques et d'institutions dont la finalité est de protéger les positions acquises, a découragé l'innovation et rigidifié la plupart des économies. Les comparaisons internationales menées notamment par l'OCDE indiquent qu'une des raisons de la moindre croissance européenne résulte de l'existence de réglementations inadaptées et distordantes (Document 5), non seulement du marché du travail mais aussi des marchés de certains produits.
Trois arguments peuvent appuyer cette idée :
1. Les institutions qui favorisent la croissance économique ne sont pas les même pour une zone en rattrapage, comme l'était l'Europe dans les années soixante, et dans une zone qui approche la frontière technologique, comme elle l'est ou plus exactement aspire à l'être aujourd'hui (cf. Acemoglu, Aghion et Zilibotti, 2002).
2. Cela est vrai aussi du marché du travail. En effet, les entreprises qui réalisent des gains de productivité en adoptant les technologies de l'information sont celles qui mettent en œuvre simultanément des réorganisations (cf. Philippe Askenazy, 2000). La flexibilité interne est ainsi un facteur de productivité dans l'utilisation des NTIC. Il est probablement vain de vouloir profiter des effets du progrès technique en maintenant inchangée la façon d'organiser le travail.
3. Enfin, de manière plus générale, il existe un lien entre nature de l'innovation et fonctionnement du marché du travail. Un marché du travail flexible favorise les processus d'essai-erreur et l'apparitions d'innovations radicales, tandis qu'un marché caractérisé par des relations de long terme entre employeurs et employés favorise l'innovation incrémentale au sein des mêmes firmes.
Les bienfaits de l'adaptation des réglementations sont désormais bien documentés. De manière générale, les prix baissent, la productivité s'améliore et l'offre augmente ; de plus, ces modernisations, si elles sont appliquées intelligemment, sont compatibles avec le maintien d'un service public de qualité (au Royaume Uni, les licences sur le marché de l'énergie prévoyaient des standards en matière de déconnection et auraient permis de faire chuter leur taux de 98%), avec une meilleure protection du consommateur (dans le domaine aérien aux Etats-Unis, le nombre de mort par mile parcouru a chuté de 75% entre 1974-76 et 1993-95) et un plus grand respect de l'environnement.
Pourquoi les réformes institutionnelles qui touchent le marché du travail seraient-elles bloquées ici alors qu'elles ont été réalisées ailleurs ? On peut faire trois observations.
1. Le calendrier de l'effet des réformes joue contre l'idée qu'elles puissent être efficaces : à court terme, elles ont souvent un impact négatif sur l'emploi et l'activité. Cet impact est visible alors que les effets bénéfiques sont plus tardifs et beaucoup plus diffus. C'est d'ailleurs le sens du débat actuel : les bonnes performances observées ici ou là sont-elles ou non la conséquences des réformes structurelles engagées plus tôt ?
2. Les réformes ne peuvent être réalisées que si les hommes politiques qui les réalisent disposent d'un mandat démocratique clair et d'une détermination sans faille. Elles sont aussi plus aisées lorsqu'elles bénéficient de la coopération constructive des partenaires sociaux. On se souvient volontiers des figures politiques de Ronald Reagan et Margaret Thatcher ; on commence seulement à noter que des réformes profondes (quoique moins ambitieuses) ont été réalisées, dans la plupart des pays de l'Europe du Nord, grâce à une négociation sociale serrée mais ouverte (cf. les Pays-Bas en 1982 avec le "pacte de Wassenar", ou la Suède et le Danemark vers 1994).
La première conséquence des réformes en effet est de redistribuer au profit de l'ensemble de l'économie les rentes que créent les réglementations sectorielles en limitant la concurrence. Autrement dit, les victimes sont identifiables et organisées, alors que les bénéfices sont diffus et concernent la grande masse désorganisée des consommateurs. Les perdants sont comme cet arbre qui cache la forêt des gagnants. En effet, contrairement à bien des idées reçues, les réformes qui permettent plus d'agilité face aux mutations ne sont pas synonymes de régression sociale.
3. Finalement, le temps passé à ne rien faire joue contre la possibilité même des réformes. De nos jours, il faut beaucoup de volonté politique pour entreprendre la mise en concurrence de certains services publics, l'ouverture du capital des dernières entreprises nationales, la refonte des procédures des marché publics et la réforme de la PAC car cela suppose de s'attaquer à des secteurs ayant réussi à esquiver toutes les libéralisations passées et à conserver une protection élevée, avec des rentes considérables pour la défendre.
L'argument du bouc émissaire a d'ailleurs été utilisé constamment pour laisser entendre que ces réformes n'avaient pas d'utilité en elle-même mais qu'elles étaient le fruit d'une détermination idéologique de la Commission Européenne. Ainsi, l'opinion publique est à même de classer tout partisan des réformes comme le bras armé d'une puissance supranationale.
Parce qu'elles sont difficiles à réaliser ou parce que personne ne veut les assumer, les réformes sont parfois entreprises en catimini. C'est le cas tout à fait particulier du marché du travail où la défense des droits acquis oblige à reporter les ajustements nécessaires sur les seuls nouveaux entrants. Comme le marché a besoin d'un ajustement "en moyenne" et non seulement "à la marge", on assiste à une dégradation de la situation générale, à l'exception des seuls insiders. En d'autres termes, la stratégie utilisée pour réformer peut rendre les réformes plus difficiles à atteindre.
1. La construction européenne a commencé par le marché des biens (fin des années 1960), puis par le marché des capitaux (début des années 1990). Olivier Blanchard et Francesco Giavazzi (2003) estiment qu'il s'agit d'une bonne stratégie. L'élimination progressive des rentes d'oligopole des secteurs protégés et la mobilité accrue du capital, qui pousse à l'égalisation des taux de rendement, devaient priver peu à peu les insiders de leur part du gâteau et éroder leur pouvoir. De ce fait, la réforme des marchés du travail devait suivre.
En effet, si le rôle des syndicats est de chercher à obtenir une hausse du salaire réel, tout dépend de la possibilité pour le secteur non-syndiqué de se développer. L'absence de barrières à l'entrée permet aux firmes à faible taux de syndicalisation d'entrer sur le marché et de concurrencer les firmes existantes en offrant des salaires plus proches du salaire walrassien (cf. le secteur du transport aérien avec les "low costs"). Les syndicats ne peuvent obtenir durablement des sursalaires que s'ils réussissent à maintenir une concurrence imparfaite sur le marché des biens et des services, ce qu'ils ont parfaitement compris. On le voit, les imperfections de concurrence sur les marchés des biens et du travail sont liées. (Document 6). C'est exactement le sens de la directive Bolkenstein que de vouloir briser ces enchaînements.
2. Mais le FMI (2004) a récemment publié un survey des politiques de réforme structurelle dans les pays industrialisés qui montre sans ambiguïté qu'alors que les réformes des marchés des biens et des marchés des capitaux ont été rapides, profondes et coordonnées, la lenteur, la modestie des ambitions et la disparité des orientations caractérisent les réformes du marché du travail. Si la réforme des marchés du travail n'a pas mécaniquement suivie celle des marchés des biens, c'est que les réticences qu'elle suscite vont au-delà de la résistance des seuls insiders : les arrangements en place concernant la protection de l'emploi, l'assurance-chômage et la portée de la négociation collective sont perçus comme protecteurs par la grande majorité des salariés, y compris lorsqu'ils fonctionnent à leur détriment. Prenons un exemple tiré de Wyplosz (2004) : initialement introduits pour contourner la protection dont bénéficient les CDI, les CDD étaient supposés affaiblir les insiders et préparer le terrain pour une réforme générale des contrats de travail. Dans la réalité, les risques de perte d'emploi se sont concentrés sur les salariés en CDD, ce qui a simultanément accru l'attrait des CDI pour l'ensemble des salariés, et renforcé le pouvoir de négociation des titulaires de ces contrats. Bien qu'économiquement inefficace et socialement injuste, la dualité CDD-CDI s'est durablement installée dans le paysage social. Il n'est pas certain que le tout nouveau CNE (contrat de nouvelle embauche) parvienne à rompre cet équilibre sous-optimal.
Finalement, le bilan français est mitigé. Alors que des efforts importants, voire radicaux, ont été réalisés dans certaines industries de réseaux (télécommunications…), selon l'OCDE, au moins 20% de l'économie française reste excessivement réglementée. Il s'agit de l'agriculture, de commerce de détail, des professions protégées (pharmaciens, notaires, taxis,...), de la création "culturelle" (cinéma, livre, disque...), des secteurs en restructuration (mines, construction navale…), du transport sur rail. Dans tous ces secteurs, le fonctionnement du marché reste très encadré, au détriment de l'emploi et du consommateur.
Les opposants au primat des réformes structurelles contre-attaquent avec deux arguments :
1. Empiriquement, la réalisation du Marché Unique, en elle-même une formidable réforme structurelle, n'a pas produit les bienfaits annoncés en termes de croissance ; les "chocs d'offre positifs" se succèdent en Europe, mais la croissance potentielle ne répond pas. C'est l'encéphalogramme plat, en dépit d'un "désarmement économique" collectif considérable depuis 20 ans en zone euro ; pourquoi prendre des risques politiques pour des réformes aux effets tardifs et incertains ?
2. Les réformes le plus souvent proposées seraient d'inspiration anglo-saxonnes, elles véhiculeraient des inégalités et nous rapprocheraient d'un type de société que les Français, dont le mantra a toujours été la "justice sociale", et, dans une mesure moindre, les Allemands et les Italiens, rejettent (cf. Bruno Amable, 2004). On en revient encore au point suivant : le renforcement de la concurrence se heurte moins aux limites relatives à l'efficacité du processus concurrentiel qu'à ses effets redistributifs.
A contexte institutionnel donnée, la croissance, c'est du travail, du capital et du progrès technique. Mais, cette vision est souvent statique et il faudrait écrire : la croissance, c'est l'utilisation des meilleures techniques, ce qui ne se réalise que par un processus de destruction créatrice. Celle-ci impose une réaffectation des ressources en main d'œuvre pour que "the right man" soit "on the right place".
La mobilisation du capital se fait sur une idée. Un processus productif est d'autant plus créateur de nouvelles activités qu'il offre l'opportunité au plus grand nombre de tester ses idées. Cela passe par la création d'entreprise et, incidemment, par l'accès au capital.
Les nouvelles technologies sont une opportunité pour les entrepreneurs audacieux : c'est bien ce dont a bénéficié Airbus. Malheureusement, en Europe, cet exemple représente davantage une exception qu'un modèle. On peut tenter d'approcher le processus de destruction-créatrice à travers quelques indicateurs.
1. Malgré les efforts de simplification, la création d'entreprise reste plus difficile et onéreuse en zone euro qu'aux Etats-Unis : ici, il faut en moyenne 500 dollars et une semaine pour commencer son activité ; dans la zone euro, il est préférable de compter 1500 euros et 11 semaines.
2. Une fois l'entreprise créée, il faut assurer son développement. Les faits sont là. Le fractionnement de l'Europe en Etats indépendants explique certainement pour partie le fait qu'il existe 8 millions d'entreprises dans l'UE, contre seulement 5 millions aux Etats-Unis. Peut-être les mêmes frontières permettent-elles de comprendre que, parallèlement, il existe 30 000 entreprises de plus de 250 salariés dans l'UE, contre 50 000 aux Etats-Unis. Qu'on se souvienne seulement que la dispersion du capital des entreprises anglaises à la fin du XIX° siècle a signé le déclin relatif du Royaume-Uni face aux trusts américains et aux cartels allemands. Quoiqu'il en soit, les Américains savent mieux que les Européens transformer leurs PME en grands groupes.
3. Or, ces entreprises moyennes dépensent huit fois plus en R&D que leurs homologues européennes. Au contraire, les 10 plus groupes européens et américains investissent chaque année une somme équivalente en R&D. Une grande firme pharmaceutique ou aéronautique allemande ne se conduit pas d'une manière très différente qu'une firme américaine de même taille. C'est donc bien au niveau des PME que se constitue le gap technologique.
4. Enfin, il n'y a aucune explication immédiate au fait que, parmi les 25 plus grandes entreprises actuelles de chaque zone, 19 ont été créées après 1960 aux Etats-Unis, aucune en Europe ! Pour les 1000 plus grands groupes de chaque continent, les groupes créés depuis 1980 résultent de créations ex-nihilo à 73% aux Etats-Unis, alors qu'ils résultent à 82% de fusions de sociétés plus anciennes en Europe. On assiste à une vraie coupure dans la "démographie" des entreprises : le tissu industriel américain est sans cesse revivifié par de nouvelles firmes, qui apportent de nouvelles idées, de nouvelles pratiques (qu'on se rappel que des groupes aussi puissants que Microsoft, Intel, Dell, Compaq ou Oracle n'étaient que des grosses PME au début des années 1980), alors que le tissu européen est encore largement dominé par des firmes certes modernes mais créées il y a un siècle et relativement peu présentes dans les nouveaux secteurs. Dans beaucoup de pays de l'UE, la disparition éventuelle d'un "champion national" équivaudrait à la disparition de la totalité de l'industrie nationale, étant donné que le reste de l'industrie n'est composé que des fournisseurs ou des PME filialisées ; d'où les relations souvent peu matures entre les Etats et ces grands groupes. Le danger serait de poursuivre cette stratégie pour faire émerger des champions européens à travers des fusions-acquisitions plutôt que de chercher à accroître à la fois le nombre des grandes entreprises compétitives et surtout le nombre des prétendants éventuels formés des entreprises dynamiques, à forte croissance et surtout exploitant des trajectoires technologiques différentes de celles des grandes entreprises, de sorte qu'elles puissent les remplacer en cas d'erreurs stratégiques de ces dernières.
Pour expliquer pourquoi les PME européennes ont tant de difficultés à se développer, au-delà de traits culturels bien connus mais qui peuvent aussi fonctionner comme un prétexte à ne rien tenter, on peut proposer au moins trois arguments.
1. Les PME européennes n'ont que marginalement accès aux marchés publics, contrairement à leurs homologues américaines qui bénéficient de la "discrimination positive" organisée dans le cadre de la Small Business Administration. (cf., pour une présentation en français de ce que cette agence propose aux PME: Cheryl A. Mills, Ellen Thrasher, Erika Fischer)
2. La fiscalité européennes est plutôt avantageuse pour les activités très capitalistiques, en raison des règles d'amortissement fiscal, particulièrement en France. Par contre, elle est très désavantageuse pour les PME : celles-ci sont nettement surtaxées par rapport aux grandes entreprises. Aux Etats-Unis, c'est la Commission européenne qui le dit (2001), elles ne supportent qu'environ 60 % de la pression fiscale appliquée aux grandes. Sans doute Ronald Reagan n'y est pas pour rien, lui qui estimait qu'"un grand chef d'entreprise, c'est ce que deviendrait un petit chef d'entreprise si le gouvernement le laissait en paix".
3. Le destin de nombre de PME européennes est donc de se faire absorber par de plus grandes, parfois américaines. A ce titre, l'ISF n'est pas la cause initiale du mouvement, mais un accélérateur dont les manifestations sont de plus en plus sensibles ; un exemple récent nous est donné par la vente du groupe Taittinger à un fonds américain.
Le renouvellement du tissu industriel explique peut-être pourquoi les technologies nouvelles sont globalement les mêmes partout alors que leur impact sur la croissance de la productivité, et donc sur la croissance tout court, diffère substantiellement en Europe et aux Etats-Unis (Document 7). La productivité du travail dans le secteur des services utilisant des NTIC s'accroît chaque année en moyenne de 5,4% aux Etats-Unis entre 1995-2000, contre 1,4% dans l'UE et autour de 0,8% en France, en Allemagne et en Italie (voir Raymond Van der Putten et Eric Vergnaud, 2003). Cette différence est d'autant plus importante que ce secteur représente une part substantielle du PIB : 26% aux Etats-Unis et 21% dans l'UE.
Dans les NTIC, les États-Unis ont déroulé depuis le début des années 1980 une bonne recherche académique, des liens très forts entre cette recherche et le monde de l'industrie, un large marché intérieur (atout traditionnel), une disponibilité considérable de capitaux publics et privés, une grande importance accordée à la propriété intellectuelle et surtout une forte culture d'entreprise. Sous cet angle, les nouvelles technologies sont moins la cause que l'effet du modèle de croissance. Leur création comme leur utilisation sont trop nettement liées à l'articulation entre investissement technologique, réforme institutionnelle et organisationnelle (déréglementation, qualité du policy mix…) et profondeur des marchés financiers pour qu'on s'en tienne au seul argument technologique.
L'Europe (à quelques exceptions près comme la Suède) tarde à tirer profit des mêmes innovations. Il est vrai que la diffusion d'une technologie qui remet en cause les habitudes demande une certaine souplesse. L'ankylose européenne n'est donc pas tant technologique qu'institutionnelle. On en revient donc au problème du manque de réformes structurelles en Europe.
Malgré les réformes substantielles mises en place en Europe, l'accès au capital et, particulièrement, au capital risque ne paraît pas aussi aisé qu'aux Etats-Unis.
En ce qui concerne le financement de l'offre, les chiffres produisent des impressions redondantes et cumulatives.
1. Le marché obligataire s'est beaucoup développé grâce à l'euro. Pour les grands emprunteurs, la réduction du coût du capital est substantielle. Mais les petits producteurs (ceux qui, nous l'avons vu, devraient faire l'objet d'une attention particulière en Europe) ont été peu concernés du fait de la segmentation de la banque de détail par les frontières nationales. Par exemple, Le secteur bancaire allemand (Document 8) reste profondément fermé aux investisseurs étrangers et fractionné. Il en va de même en Italie, où l'année 2005 a vu se multiplier des manœuvres en coulisse (fomentées pas le gouvernement et la banque centrale italienne) afin de faire échouer les offres de BBVA et d'ABN AMRO sur BNL et Antonveneta. Tout cela pénalise aussi bien la réalisation d'économies d'échelle que l'innovation poussée par la concurrence.
2. Au contraire, la capitalisation boursière de la zone euro reste en retrait : elle ne représente que 16,3% de la capitalisation boursière mondiale en 2004, contre 43,7% pour les Etats-Unis (chiffres de la Banque des règlements internationaux – B RI). La segmentation géographique, fiscale et légale reste encore un frein au développement des marchés actions.
3. L'investissement en capital risque représente 3,2% du PIB au Etats-Unis, contre 0,8% en France et 1,3% en Allemagne (chiffres de 2001).
4. Le billet de trésorerie (1986), bien plus tardif que le commercial paper
(1875) est nettement moins utilisé, malgré sa souplesse en termes de durée et de taux.
A chaque fois, les Européens finissent par suivre (Anglais en tête) les innovations américaines, mais très imparfaitement. Les marchés financiers européens sont encore relativement cloisonnés et peu profonds.
En ce qui concerne le financement de la demande, chacun sait que l'épargne américaine est moins abondante que l'épargne européenne. Néanmoins, le patrimoine des ménages américains est beaucoup plus efficacement mobilisé, grâce à des mécanismes comme le mortage refinancing (Document 2). La souplesse des financements pour l'immobilier qui caractérise les pays anglophones fait que les baisses de taux d'intérêt stimulent fortement l'investissement logement et la consommation ; ces puissants canaux de transmission de la politique monétaire, qui ont joué à plein pour stimuler la consommation lors du ralentissement de 2001-2002, nous n'en disposons pas (encore) en Europe continentale.
Les mêmes qui, aujourd'hui, accusent la "tyrannie des marchés financiers" de mettre les chefs d'entreprise sur la sellette accusaient hier la "technostructure" de protéger son contrôle interne sur les conglomérats. Il y a peut-être plus qu'une coïncidence entre le démantèlement de la seconde, la montée des premiers, et le dynamisme général de l'économie américaine. Lorsque aucune direction ne peut se prévaloir de ses succès passés et qu'elle doit renouveler constamment ses performances, elle s'organise en conséquence, même si cela doit passer par le renouvellement des présidents ou des directeurs généraux.
Il est difficile de savoir si des entreprises co-pilotées par les dirigeants, les syndicats et les banquiers sont plus efficaces que des firmes guidées par les actionnaires. Michel Albert a idéalisé le modèle rhénan (au sens d'un idéal-type) lorsque l'Allemagne était au faîte de sa puissance (Capitalisme contre capitalisme, Editions du Seuil, 1991). Qu'en dirait-il aujourd'hui ? Difficile de le savoir. Il reste que la structure de la propriété est diffuse aux Etats-Unis, concentrée en Europe (Document 9). La concentration permet une gestion plus consensuelle mais vraisemblablement moins transparente, ne serait-ce que par la cooptation des membres du conseil d'administration.
On le voit, pour être proches les uns des autres, les systèmes productifs américains et européens (pour autant qu'ils puissent entrer sous le même qualificatif) présentent des différences significatives en ce qui concerne la mobilisation du capital et l'incorporation du progrès technique. La régénération du capital entraîne obligatoirement une mobilité qualitative de la main d'œuvre. L'Europe en général, la France en particulier, l'a organisée en utilisant pleinement l'exutoire des préretraites et la diminution générale des heures ouvrées.
Un petit texte d'Alberto Alesina, économiste italien travaillant à Harvard, permet de s'instruire sur ce sujet tout en s'amusant (Document 10). Alors que les habitants de la zone euro sont plus nombreux que les américains (de 5%), les heures travaillées dans l'année sont supérieures de 20% aux Etats-Unis (250 milliards d'heures contre 200) (Document 11). Aux États-Unis, entre 1970 et 2000, le PIB par heure a augmenté de 38%, les heures par habitant ont aussi augmenté (de 26%) si bien que le PIB par habitant a augmenté de 64%. En France, dans la même période, le PIB par heure a augmenté de 83%, mais les heures par habitant ont baissé de 23%, si bien que le PIB par habitant a augmenté de 60% seulement. Si le nombre relatif d'heures travaillées était resté le même depuis 1973, l'UE aurait aujourd'hui environ le même revenu par habitant que les États-Unis.
Sous cet angle, la performance de la France (et en général de l'UE) n'a pas l'air si mauvaise. Un taux de croissance de la productivité plus élevé qu'aux Etats-Unis, même si la tendance s'est inversé depuis 1995, et l'allocation d'une partie des gains à la hausse du loisir, préférée à la hausse des revenus ; c'est la vision d'Olivier Blanchard (2004). La question est de savoir dans quelle mesure cet arbitrage est subi ou voulu. Commençons par les 35 heures en France : les négociations ont souvent comporté une clause de stabilité du salaire dont personne ne peut dire dans quelle mesure elle a été voulue ou subie (cf. Wyplosz). De même, les programmes de préretraite généreux ont d'abord été vécus sur le mode de l'exclusion avant d'exercer un effet d'attraction considérable aussi bien pour les entreprises soucieuses de flexibilité quantitative externe que pour les salariés, intéressés par une diminution effective de l'âge de la retraite. L'ennui, c'est que leur succès pèse aujourd'hui sur les charges communes sous forme de cotisations sociales et d'impôts, ce qui diminue la rémunération nette de l'heure travaillée. Plus généralement, on se souvient peut-être que la réforme fiscale de Ronald Reagan (1986) s'était appuyée sur cet argument de la rémunération nette d'impôts pour montrer que les politiques fiscales traditionnelles favorisaient davantage le loisir que le travail. Il est certes bien difficile de savoir s'il y a un lien de cause à effet entre cette réforme fiscale et l'accroissement de la quantité de travail aux Etats-Unis ; en tous cas, les faits ne contredisent pas la corrélation supposée.
De ce point de vue, en effet, Européens et Américains ne vivent pas dans le même monde (Document 12). Entre 1970 et 2002, la pression fiscale globale (rapport des recettes publiques au PIB) est passée, dans l'Union européenne à périmètre constant, de 36,5% à 42,8%. Au contraire, la pression fiscale est demeurée stable aux Etats-Unis, à un niveau beaucoup plus faible (28,9% en 2002). Cet écart de 13 points de la pression fiscale se retrouve au niveau des dépenses, qui représentent 44,8% du PIB dans l'UE, contre seulement 31,9% aux Etats-Unis. Le taux marginal d'imposition a plus augmenté en Europe qu'aux Etats-Unis depuis 1981. Edward Prescott (2004) a même avancé que toute la baisse du nombre d'heures en Europe pouvait être attribuée à la hausse des impôts ; des économistes ont réfuté cette analyse, qui se base sur une très grande élasticité de l'offre de travail au taux d'imposition, mais il n'en reste pas moins que la question des incitations se pose avec une plus grande acuité en Europe qu'aux Etats-Unis.
Que la baisse des heures travaillées (par rapport aux Etats-Unis) en Europe résulte de mécanismes économiques et de préférences collectives transitoires (Blanchard, Rogoff) ou de contraintes politiques (Wyplosz) et/ou fiscales (Prescott), elle se traduit (toutes choses égales par ailleurs) par une progression moins dynamique des revenus.
"Que l'arbitrage chômage-inflation soit plus défavorable en Europe qu'aux Etats-Unis est un problème social sérieux, mais ce n'est pas ainsi qu'on peut rendre compte de l'écart de nos performances de croissance" (Olivier Blanchard). Selon cet auteur, cela n'expliquerait qu'un écart d'un peu plus de 0,1 point par an entre les taux de croissance moyens, et n'aurait pas d'implications pour la croissance future. Il faut plutôt chercher la clé de l'écart UE/USA dans l'incapacité des pays européens à maintenir ou faire entrer dans l'emploi toute une partie de leur population (les moins de 25 ans et les plus de 50 ans principalement). Depuis 1970, le taux d'emploi des 15-64 ans a progressé de 9 points aux Etats-Unis, tandis qu'il restait constant dans l'Union européenne. En statique, l'écart des taux d'emploi explique quatorze point d'écart de revenu par tête entre les deux ensembles. En dynamique, le ciseau entre la mobilisation de ses ressources en main d'œuvre par l'économie américaine et l'absence de mobilisation européenne explique en moyenne 0,4 point de croissance par an sur 30 ans. Soit l'essentiel de l'écart de performance non lié à la démographie.
Cela résulte d'un ensemble de facteurs : déficiences de la formation initiale et professionnelle, coût du travail, désincitations au maintien en activité, trappes à inactivité. L'expérience des pays européens à taux d'emploi élevé (Scandinavie, Royaume-Uni) montre qu'il n'y a pas de fatalité à ce sous-emploi ; d'ailleurs, le taux d'emploi des 15/64 ans était, dans les années 1960, plus élevé en Europe qu'aux Etats-Unis.
Des réformes judicieuses autoriseraient une accélération de la vitesse de rotation sur le marché du travail, qui permettrait un transfert plus rapide de main d'œuvre vers les entreprises et les secteurs en croissance forte. Ceci impliquerait le passage (difficile dans la zone euro) d'un équilibre avec forte protection de l'emploi et durée longue du chômage à un équilibre avec plus faible protection de l'emploi mais en contrepartie une durée plus courte du chômage, comme aux Etats-Unis. La durée moyenne du chômage indemnisé en France est de presque un an, et le taux de chômage de longue durée, c'est-à-dire de 12 mois et plus, atteint 33% en France, 60% en Italie, 48% en Allemagne contre… 8% aux Etats-Unis (chiffres de 2002, Perspectives de l'emploi, OCDE, 2003).
1/ L'un des principaux problèmes économique en l'Europe reste la "non Europe". Les frontières nationales coûtent cher et les habitudes qui en découlent (faible mobilité des facteurs de production…) encore plus. Nous l'avons vu dans le domaine de l'accès au capital. Un autre exemple, le secteur de l'électricité. La création d'un marché unique de l'électricité (sommet de Barcelone, 2002) est-elle compatible avec l'existence de 25 régulateurs nationaux ? Peut-on concevoir, sur un marché où le long terme est l'horizon naturel, que les investisseurs privés soient soumis à 25 législations nationales sur la pollution ? Et une politique d'indépendance énergétique de l'Europe est-elle compatible avec la définition de 25 mix énergétiques nationaux ?
2/ Pour faire accepter les réformes en Europe, il est peut être malhabile de trop souvent instituer les Etats-Unis en exemple : parfois à raison, et souvent à tort, la société américaine est considérée par les européens comme beaucoup plus dure, avec une solidarité sociale plus faible. En revanche, les exemples suédois et néerlandais doivent, au moins dans un premier temps, être mis en avant. On rejoint ici la question du séquençage des réformes, abordée pour un PVD, la Chine (étude de cas disponible sur ce site), et qui a fait l'objet d'une réflexion approfondie pour les pays développés de la part du FMI (Document 13).
3/ On peut arriver au paradoxe apparent où les réformes sont plus aisées à mener dans les pays où elles sont le moins cruciales, car le nombre et le pouvoir des “insiders” y sont plus faibles. Mais si les pays européens en avance quant aux réformes continuent sur cette voie et accélèrent, tandis que les autres ne parviennent pas à briser la tyrannie du statu quo et à réaliser les premiers pas qui sont les plus coûteux, ne va-t-on pas vers une Europe de plus en plus divisée ?
Acemoglu Daron, Aghion Philippe et Zilibotti Fabrizio (2003), "Distance to Frontier, Selection, and Economic Growth", mimeo Harvard, disponible sur http://post.economics.harvard.edu
Alesina Alberto, Glaeser Edward et Sacerdote Bruce (2001), “Why doesn't the US have a European-style Welfare System?”, NBER Working Paper n°8524, disponiblesur http://www.nber.org
Amable Bruno (2004), "L'Europe est-elle condamnée à la réforme conservatrice ?", Prisme n°3, Centre Saint-Gobain, janvier.
Askenazy Philippe (2000), "Le développement des pratiques flexibles du travail", in Cohen et Debonneuil, Nouvelle Economie, rapport du CAE, la Documentation française.
Blanchard Olivier (2004), "The Economic Future of Europe", Journal of Economic Perspectives, Vol. 18, n° 4, automne.
Blanchard et Giavazzi (2003), “Macroeconomic Effects of Regulations and Deregulations in Goods and Labor Markets”, Quarterly Journal of Economics, vol. 118 ; paru également dans OCDE Working Paper, n°347.
Blanchard Olivier (2004), “Peut-on éliminer le chômage en Europe ?", Revue française d'économie, n°4, vol. XVIII, avril.
BNP (2005), "L'euro : succès et nouveaux défis", Conjoncture, janvier-février.
Cassis Youssef (1997), "Big Business, The European Experience in the Twentieth Century", Oxford university press.
Cotis Jean-Philippe (2004), "Les causes du retard économique de l'Europe", FMI, Finances & Développement, juin.
FMI (2004): "Fostering Structural Reforms in Industrial Countries", World Economic Outlook, chapitre 3, avril.
Nicoletti Giuseppe et Scarpetta Stefano (2003), “Regulation, productivity, and growth”, Economic Policy, avril.
Prescott Edward (2003), “Why do Americans work so much more than Europeans?”, Federal Reserve Bank of Minneapolis, Staff Report n°321, novembre.
Prescott, Edward (2004), "Prosperity and Depression", Richard T. Ely Lecture, The American Economic Review Papers and Proceedings, Vol. 92, n° 2, mai.
Sapir, André, et al. (2003), "An Agenda for a Growing Europe", rapport au président de la Commission européenne, disponible sur www.europa.eu.int
Van der Putten Raymond et Vergnaud Eric (2003), "La productivité du travail : une perspective internationale", Conjoncture, BNP Paribas, juin 2003
Wyplosz Charles et Blanchard Olivier (2004), " Deux thèses hétérodoxes sur l'économie européenne", En temps réel, Cahier 14-15, juin 2004, contributions à "L'Europe déclassée", Jean Pisani-Ferry, Flammarion.
Wyplosz Charles et Tabellini Guido (2004), "Réformes structurelles et coordination en Europe", rapport pour le CAE, La Documentation française, Paris.
Cheryl A. Mills, Ellen Thrasher, Erika Fischer, „présentation de l'Agence américaine pour les petites entreprises“, disponible sur http://www.sba.gov