© Melchior 2007 : Ressources pédagogiques pour les professeurs de sciences économiques et sociales des lycées (SES)
L'automobile est un produit industriel complexe qui nécessite un entretien périodique par des personnels qualifiés et équipés de matériel spécifique. Lorsqu'une entreprise telle que PSA Peugeot Citroën choisit d'être présente sur un certain nombre de pays émergents, la question de la formation des spécialistes d'après-vente de la marque se pose immédiatement. Elle sera résolue par la création de plates-formes de formation initiale et continue. Celles-ci sont réalisées en partenariat avec le Ministère de l'éducation nationale, les systèmes éducatifs locaux ( Mexique, Argentine, Egypte, Chine, etc.). Au-delà du transfert de compétences, accessible à des auditeurs extérieurs au partenariat, cette association permet la construction de référentiels locaux de formation professionnelle appelés à se diffuser dans l'ensemble des régions concernées.
Thème : Entreprise
Mise en ligne : 03/105/2004
Dossier réalisé par Elisabeth Lacote et Moghnia Ghezali
Les années 1990 ont été marquées par une accélération de la mondialisation, notamment sous l'effet des progrès technologiques qui ont permis de créer un monde véritablement interconnecté. La généralisation des principes d'économie de marché, la libéralisation et l'ouverture des économies, l'émergence et la diffusion rapide des nouvelles technologies de l'information se sont développés sur la base de cette réactivité nouvelle. La remise en cause des frontières a accru la mobilité des marchandises, des capitaux de l'information et des personnes.
Pour les entreprises, la mondialisation a multiplié les marchés à conquérir. Elle a aussi nécessité le développement d'unités de production au plus près des marchés locaux, pour s'adapter aux exigences spécifiques de chaque marché. Les multinationales ont donc un besoin croissant de personnel qualifié dans les marchés où elles cherchent à s'implanter. Le problème est que la formation initiale et continue des individus dans le pays hôte est souvent inadaptée ou insuffisante.
Le partenariat initié entre PSA Peugeot Citroën et le ministère français de l'Education nationale vise à surmonter cet obstacle en développant des actions ciblées de formation dans les pays en développement. Il permet un "développement partagé" dans lequel chacun des acteurs contribue à et profite de la réussite du projet.
Début 1998, le nouveau président du Directoire de PSA Peugeot Citroën propose une stratégie qui va profondément modifier les orientations et l'organisation du groupe. Elle se fonde sur le constat que sur un marché de plus en plus segmenté, le succès commercial repose avant tout sur l'innovation et la diversification de la gamme. La nouvelle stratégie se traduit notamment par un développement international ciblé sur trois zones prioritaires : le Mercosur, la Chine et l'Europe de l'Est. Les marques Peugeot et Citroën reçoivent ainsi la mission d'accroître sensiblement leurs ventes à l'étranger, et tout particulièrement hors d'Europe.
Dans le même temps les produits proposés à la clientèle se sont diversifiés et complexifiés, avec l'arrivée de nouvelles technologies, fondées sur l'informatique et l'électronique embarquée notamment. Afin de garantir la qualité des interventions réalisées sur le parc vendu, la formation des spécialistes d'après-vente des 20 000 points de ventes des deux réseaux de marques devient une priorité. Mécaniciens à l'origine, il est nécessaire de leur fournir, en particulier dans les pays émergents, les formations nécessaires à la maîtrise de l'électronique embarquée.
Ce besoin d'une main d'œuvre qualifié se heurte cependant aux limites des systèmes d'enseignement dans les pays en voie de développement. Les jeunes y reçoivent des formations de niveau CAP ou des formations supérieures de haut niveau. En revanche, les formations professionnelles de type bac professionnel ou bac + 2, correspondant à la maîtrise des actes d'après-vente dans les pays importateurs et/ou producteurs des véhicules des deux marques sont pratiquement inexistantes ou d'un niveau très éloigné du niveau européen. La création locale de cursus de formation technique automobile s'avère indispensable.
PSA Peugeot Citroën est donc à la recherche d'un soutien pour entreprendre des actions spécifiques de formation dans les pays en développement. Le ministère français de l'Education nationale apparaît rapidement comme le partenaire idéal. En 1999, en effet, la Délégation aux Relations Internationales et à la Coopération cherche à valoriser à l'étranger les savoirs français tout en favorisant le développement. L'exportation de formations professionnelles et technologiques en Asie, Amérique du Sud et Afrique est envisagée.
Le partenariat signé entre PSA Peugeot Citroën, l'Education nationale française et leurs partenaires locaux résulte donc de la convergence de plusieurs besoins. Celui du ministère de l'Education nationale qui cherche à exporter son ingénierie en formation professionnelle, celui des marques Peugeot et Citroën qui souhaitent développer les compétences techniques locales, et celui des pays étrangers qui manifestent le souhait d'élever le niveau de qualification de leurs populations.
La réponse apportée consiste a mettre en oeuvre, dans le cadre d'un partenariat tripartite (PSA, Education nationale, partenaire local), une formation technique de la main d'œuvre locale, en contribuant aussi à celle des enseignants locaux. A cette fin, les partenaires s'engagent à mettre en commun leurs ressources, leurs expériences et leurs savoir-faire dans le domaine des formations techniques appliquées aux métiers de l'automobile. Aujourd'hui, l'Education nationale conduit des initiatives analogues avec d'autres grandes entreprises françaises comme Accor, Dassault Systèmes, Saint Gobain, Schneider Electric ou Suez.
Dans le cas de la démarche conjointe de l'Education Nationale et des marques Peugeot et Citroën, deux modes d'actions se sont rapidement imposes : la création de centres de formation, d'une part ; l'intervention de professeurs de l'enseignement technique au cours de formations ponctuelles d'adultes, d'autre part.
Ces centres sont des plates-formes de formation continue et initiale destinées à être pérennisées. Ils ont pour objectif de former aussi bien les techniciens locaux des réseaux d'après-vente Peugeot et Citroën que les professeurs techniques et les étudiants des pays où ils sont implantés.
La création et la gestion des centres de formation sont tripartites. Elles font l'objet d'une concertation puis d'une convention de droit local, signée pour trois ans, par chacune des parties. Chaque convention formalise les intérêts, les apports et les engagements de chacune des parties, le mode de fonctionnement du centre, et enfin la répartition des heures d'enseignement à consacrer aux salariés, aux professeurs et aux étudiants du pays concerné.
Les partenaires s'associent dans une démarche de coentreprise éducative à but non lucratif et apportent chacun une contribution spécifique :
- L'Education Nationale française apporte son savoir-faire en ingénierie pédagogique et ses ressources humaines.
- Peugeot ou Citroën fournissent les plateaux techniques et leurs savoir-faire industriel et commercial.
- Un partenaire éducatif étranger met à disposition des locaux, la logistique générale et des équipes d'enseignants et de personnels administratifs.
Les ministères français et étrangers de l'Education nationale, ainsi que le ministère français des Affaires étrangères sont parties prenantes des opérations et donnent aux échanges leur dimension de coopération internationale. Ainsi, les ministres et les ambassadeurs concernés participent à l'inauguration et au suivi des activités des centres. Ils allouent généralement à ces centres une subvention de lancement.
La formule retenue permet à chacun des partenaires de retirer des bénéfices substantiels de l'expérience. La France fait connaître à l'étranger son système de formation, ses capacités d'ingénierie de formation technique, sa culture et sa langue. Les réseaux de Peugeot et de Citroën peuvent bénéficier d'une main d'œuvre qualifiée et formée à ses standards techniques. Enfin, les pays d'accueil disposent de formations techniques avancées ouvrant un accès aux technologies modernes et des parcours de formation professionnelle de niveaux Bac et Bac + 2 indispensables à leur développement économique.
Depuis 1999, onze centres ont ainsi été créés, dans 9 pays : Mexique, Brésil, Cuba, Sénégal, Algérie, Egypte, Pologne, Slovaquie et Chine.
Il existe deux types de centres. D'une part, ceux où des professeurs techniques français détachés par le ministère français de l'Education nationale interviennent à plein temps dans le cadre d'une mission de longue durée de trois ans. D'autre part, les centres où les professeurs du pays d'accueil sont formés en France dans les établissements d'enseignements et les entreprises françaises concernées par le projet. Cette deuxième formule est désormais privilégiée.
Les professeurs interviennent sur les sites de formation conformément aux décisions du conseil d'administration des centres créés. La répartition des heures de formation entre les différentes catégories d'élèves (salariés des réseaux Peugeot et Citroën, enseignants et étudiants) est prévue dans la convention initiale.
Dans les deux cas, l'Education nationale reste garante de la qualité de l'enseignement dispensé et supervise les activités pédagogiques. Un établissement scolaire français (ou un réseau commercial de PSA) est jumelé avec le centre afin de maintenir une dynamique d'échanges et de collaboration.
Les centres sont gérés par un conseil d'administration dirigé par deux co-présidents, l'un français, l'autre étranger. Le Directeur du centre, responsable financier et juridique, est celui de l'établissement support. Le Directeur Adjoint est un enseignant français. Les centres sont autonomes au plan budgétaire et équilibrent leur budget en dispensant également une formation initiale ou continue payante.
La procédure de recrutement des enseignants (français ou étrangers) se fait par un large appel à candidature, puis par sélection d'un jury. Les centres sont généralement suivis par une équipe qui associe des cadres administratifs du ministère de l'Education nationale, des représentants de l'Inspection académique et les responsables des établissements engagés.
Le développement du volume d'exportation des véhicules Peugeot et Citroën vers les marchés des pays en voie de développement nécessité également une action de formation ciblée en direction des salariés des sociétés importatrices. Leur accès aux fondamentaux technologiques en mécanique et électricité, la maîtrise des évolutions des produits automobiles et des actes d'après-vente, celle du diagnostic sur des systèmes d'électronique embarquée passent ainsi par des formations en sciences et techniques industrielles.
Dès 2002 la participation des professeurs techniques français s'est imposée pour assurer ces formations d'adultes à l'étranger. Celles-ci se font sur une durée courte et dans le cadre d'une coopération lycée/entreprise. L'Education nationale trouve dans ce schéma un outil de valorisation de l'enseignement professionnel français et de ses professeurs avec lesquels elle peut organiser un réseau national de "professeurs techniques sans frontières". Des professeurs autochtones sont systématiquement intégrés dans les formations, à raison de 2 à 3 professeurs par groupes de 12 salariés. Des relations bilatérales entre établissements scolaires français et étrangers naissent généralement de ces initiatives.
Les enseignants assurent des prestations de formation d'une à deux semaines selon un cahier des charges établi par l'entreprise partenaire. Ils interviennent exclusivement pendant les congés scolaires français et sont volontaires. Ils s'engagent sur des cycles de 2 ou 3 sessions. La formation est assurée dans la langue du pays concerné. Tous les frais sont supportés par l'entreprise partenaire (avions, transferts, hébergement et pension complète). Les professeurs sont chargés de cours uniquement le matin et perçoivent une indemnité journalière. Comme pour les centres de formation, l'Ambassade de France du pays est associée à l'opération.
En 2002 et 2003, des actions de formation ponctuelles ont ainsi été entreprises dans 8 pays différents : Cuba, Colombie, Uruguay, Afrique du Sud, Angola, Sénégal, Algérie et Koweït.
A la demande des systèmes éducatifs locaux, les relations école/entreprise qui se nouent durant les actions ponctuelles de formation débouchent actuellement sur la création d'antennes de formation à la maintenance automobile. Ces antennes sont créées dans le cadre d'une convention de partenariat réunissant le système éducatif local, le ministère français de l'Education nationale, l'ambassade de France locale, l'importateur et la marque Peugeot ou Citroën.
Elles ont pour objectifs :
- d'assurer la mise en place de formations initiales de techniciens en maintenance automobile, à travers des cycles de formation par alternance, en adéquation avec les attentes professionnelles des entreprises locales d'après-vente automobile et tout particulièrement avec celle de l'entreprise partenaire.
- d'animer des modules de formation continue, à destination des membres du réseau partenaire d'après-vente, sur les savoirs fondamentaux dans les domaines du diagnostic, de l'entretien, de la réparation et des nouvelles technologies automobiles
- de conduire des actions ponctuelles de formation dans les domaines de la maintenance automobile pour des auditeurs extérieurs.
- de construire des référentiels locaux de formation professionnelle dans les domaines de la maintenance automobile, en étroite collaboration avec la profession et les ministères locaux et français de l'Education nationale.
Les premières antennes de ce type sont en cours de réalisation en Egypte pour Peugeot, en Algérie, à Cuba et au Sénégal pour Citroën.
La formule du partenariat entre PSA et le Ministère de l'Education Nationale a fait la preuve qu'elle répondait à des attentes exprimées aussi bien par les professionnels de l'automobile que par les enseignants. Deux centres de formation sont ainsi en cours de création en Chine, l'un dans la province de Hubei et l'autre à Pékin. Ils seront un support essentiel au développement de l'activité de Peugeot sur le marché chinois. D'autres projets sont également envisagés en Europe de l'est, en particulier en Slovaquie et en Pologne.
Dans la perspective de pérenniser cette démarche de "développement partagé" et de l'étendre à d'autres types de formations et d'entreprises il semble nécessaire de créer une structure spécifique. Un comité de pilotage réunissant des représentants de l'administration, des entreprises, de l'enseignement et des associations pourrait ainsi permettre d'assurer la gestion et l'évolution du dispositif. Les besoins des entreprises se développant à l'international seraient ainsi mieux satisfaits et les pays d'accueil pourraient jouer un rôle actif dans la construction de leur propre développement économique