Vinci et le financement du logement social

La politique du logement social au Royaume-Uni

A la différence de la France, où l’engagement de l’Etat reste essentiel en matière de logement, surtout social, l’option privatisation s’est imposée au Royaume-Uni et seules quelques catégories sociales restent l’objet de l’assistance des pouvoirs publics. 


Le parc hérité de logement social

Dans les années 1970, plus d’un quart des Britanniques résidaient dans des logements locatifs sociaux subventionnés et ces pourcentages dépassaient la moitié du parc de logements dans l’East End Londonien ou à Glasgow. Ce parc immobilier privilégiait des formes d’habitat horizontal, soit quasi pavillonnaires, soit constituées de petits immeubles collectifs, les council estates ou council houses, en sites intra-urbains ou suburbains. On note de très rares grands ensembles périphériques. C’est surtout l’élévation générale du niveau de vie qui a incité les gouvernements à réduire les transferts financiers vers un secteur dont la demande sociale n’était plus jugée prioritaire.

Moyenne nationale de la part des subventions publiques
d'une opération de construction

 La mise en vente des logements sociaux

Le démantèlement du logement social par la mise en vente des councils houses à leurs locataires concernait déjà 100 000 unités en 1979, lorsque l’équipe gouvernementale de M. Thatcher arrive au pouvoir et souhaite généraliser ce mécanisme. Les collectivités locales sont incitées à se défaire de leur parc social et dans cet objectif, l’Etat réduit ses subventions, limite leur capacité d’emprunts, ce qui bloque pratiquement leurs possibilités d’ouvrir de nouveaux chantiers. Le right to buy, c’est-à-dire la possibilité d’acquérir son logement dans des conditions financièrement très avantageuses a connu un rapide et indéniable succès, puisqu’en 1996, 1.5 millions de logements sociaux étaient vendus tandis que la part du parc locatif social, qui était de 31% en 1980, tombait à 18% du total des logements britanniques.

En 1988, la tendance encouragée par les pouvoirs publics, concrétisée par les textes du Housing Act, est le transfert des logements non vendus à des associations sans but lucratif, les housing associations. Plus de 2 000 housing associations fonctionnent actuellement, encadrées par un organisme indépendant, la Housing Corporation. La loi autorise ces associations à emprunter sur le marché pour réhabiliter et pour construire, elle leur permet aussi de consentir des prêts sans intérêt, pour l’achat de logements en régime de copropriété. 

Au Royaume-Uni et en Irlande, alors que le parc locatif public des communes dispose traditionnellement d’une fonction généraliste, les Housing Associations disposent d’une approche beaucoup plus sociale de leur mission, notamment de spécialisation sur des minorités ethniques ou communautaires. Compte tenu de leur essor et de leur professionnalisation, cette mission spécifique tend aujourd’hui à se diversifier alors que celle du parc locatif public géré par les Communes tend au contraire à se spécialiser du fait de la vente massive des logements aux locataires et du développement des problèmes sociaux à gérer au niveau local. 

En pratique, le secteur du logement social est largement entré, à son tour, dans les logiques de privatisations, à l’exception toutefois de l’Ecosse.

Un pays de propriétaires occupants

Un bilan général du parc immobilier britannique atteste des récentes évolutions précitées, mais traduit aussi la forte attirance pour l’accession à la propriété du logement, traditionnellement fondée sur les prêts hypothécaires négociés auprès d’organismes privés, les building societies. Ces organismes aident aussi, désormais, les locataires du logement social utilisant le right to buy. Par ailleurs, le Building Societies Act de 1983 leur confère la possibilité d’acquérir des terrains délaissés et d’y construire. Si sur un parc global de l’ordre de 25 millions de logements, déjà 70% sont en régime de propriété, la tendance s’intensifie, puisque, dans les années 2000, le secteur privé assure 90% de la production de logements. Celle-ci est, au total, depuis deux décennies, d’environ 200 000 unités par an et la part du logement social, toutes formules confondues, n’en représente guère plus de 10%. Seule l’Ecosse s’individualise, par des pourcentages plus élevés, qui sont soutenus financièrement par les autorités nationales, en conformité avec une tradition de logements sociaux, en général collectifs.