Un grain du collier de la reine Hatshopsitou a permis de fixer à 1400 avant Jésus-Christ la date la plus ancienne de l'histoire du verre. Les verriers qui sont représentés sur les murs de l'hypogée de Béni-Hasson soufflent dans des cannes de même modèle que les verriers de 1900. Jusque vers 1690, les vitres étaient fabriquées par soufflage : il fallait d'aborder opérer comme pour obtenir d'énormes bouteilles : on supprimait les deux extrémités et le cylindre qui restait alors était coupé suivant une génératrice, puis étendu à plat. A partir de la fin du XVIII° siècle, on sut couler le verre, mais c'est seulement en 1902 que le Français Fourcault mit en usage un procédé vraiment industriel pour fabriquer le verre à vitre par étirage. Vers 1850, des progrès techniques notables ont été réalisés dans le transport des pièces en fusion et ont permis d'épargner le travail de ces malheureux enfants que les ouvriers appelaient "la viande à feu".
Les conditions de température, d'homogénéité, de transparence, étant rigoureuses, on comprend combien, avant la mise en oeuvre des techniques modernes, les échecs devaient être nombreux, dès qu'il s'agissait d'une pièce de grande surface. On comprend ainsi que les verres à vitres et les glaces soient restés jusqu'en 1900 infiniment plus chers, à poids égal, que les gobelets et les bouteilles.
En 1702, une seule glace de 4 mètres carrés exigeait en moyenne 35 000 à 40 000 heures de travail. C'étaient alors les plus grandes que l'on pût produire ; la glace exigeait encore plus de travail que la vitre ; elle était polie au sable et à l'émeri, puis étamée.
Ce n'est qu'au XII° siècle que l'on sut obtenir les conditions de température suffisantes pour réaliser des vitres ou vitraux transparents de quelques centimètres carrés. Auparavant, aucune maison ni aucune église, si riche soit-elle, n'avait de vitres ; les fenêtres fermaient par des volets pleins, des treillis de bois ou des toiles cirées. Les Romains employaient dans les palais la corne ou la spéculaire, pierre translucide débitée en feuilles minces ; on a retrouvé de tels panneaux de corne dans quelques châteaux français, où l'on employa aussi des feuilles de parchemin huilé.
La vitre reste si chère jusque vers 1600 que même les maisons les plus riches ne peuvent garnir de vitraux que la partie haute des fenêtres, le bas fermant seulement par un volet de bois plein, parfois évidé d'une petite ouverture en son centre. Cet équipement est visible sur des centaines de peintures des grands primitifs italiens, français et flamands.
Grâce aux comptes de Colbert pour le château de Versailles, il est possible de connaître le prix courant des glaces lors de la construction du palais. Par marché sous seing privé passé le 2 janvier 1684 entre l'administration des bâtiments du roi et les sieurs Pequot et Guymont, commis à la manufacture récemment établie à Paris (qui devint la Société de Saint-Gobain), les prix suivants sont fixés pour les fournitures royales :
On voit l'énorme différence de prix pour de faibles variations de surface. Le salaire horaire de l'ouvrier moyen était alors de l'ordre de 18 deniers. Louis XIV lui-même dut renoncer à choisir pour Versailles des glaces dépassant 45 pouces (1 m 44) ; chacune de ces glaces valait 352 livres, donc 5 000 salaires horaires de manœuvre, soit 12 000 de nos nouveaux francs 1960. Dans la construction des beaux hôtels de l'époque, les glaces coûtent couramment autant que la charpente et la couverture. Pour l'hôtel d'Avary, rue de Grenelle, construit en 1718, la dépense pour les glaces atteint 28 400 livres, contre 16 700 pour la couverture et 60 000 pour la charpente et toute la menuiserie.
Mais l'accroissement continu de la productivité abaisse sans cesse les prix de vente. La glace de 4 mètres carrés qui se vend 2 750 livres en 1702 (près de 40 000 salaires horaires de manœuvre, soit près de 100 000 de nos nouveaux francs) ne vaut plus que 1 245 fr. en 1845 (6 900 salaires horaires), 262 fr. en 1862 (1 000 salaires horaires). A partir de 1900, l'introduction de la technique de la table ronde met l'armoire à glace à la portée de l'ouvrier moyen ; la glace de 4 mètres carrés se vend en 1905, 60 francs, soit 200 salaires horaires de manoeuvre.
Ainsi mesuré en glaces de 4 mètres carrés, le pouvoir d'achat du manœuvre s'est amélioré dans la proportion de 1 à plus de 200.