disponible sur http://www.cae.gouv.fr/rapports/050.htm
Les termes de crise boursière ou de krach renvoient à deux acceptions différentes mais non exclusives l'une de l'autre. La première correspond à l'éclatement d'une bulle spéculative, elle-même définie comme un écart important et persistant du prix d'un titre ou d'un indice par rapport à sa valeur fondamentale. La crise se caractérise par une phase d'ajustement et de retour au prix d'équilibre fondamental. La seconde acception fait référence à la dynamique des prix suivie par des cours boursiers. La crise se définit comme une évolution rapide et/ou de grande ampleur des cours à la baisse. Si la première acception renvoie à un concept précis et non équivoque, elle rencontre néanmoins des difficultés opératoires. D'une part, la détermination pratique de la valeur fondamentale reste problématique. Hamilton et Whiteman (1985) démontrent que les bulles spéculatives observées peuvent être confondues avec des mouvements non observables des fondamentaux. Ainsi, sans une complète information concernant les fondamentaux, l'existence d'une bulle ne peut pas être vérifiée. D'autre part, les tests économétriques de bulle spéculative ne permettent pas d'identifier précisément une crise boursière temporellement. Les tests ne permettent de conclure qu'à la présence de bulles (bulles rationnelles explosives dont la dynamique est préalablement spécifiée, bulles intrinsèques, bulles à éclatements périodiques) sur une période donnée (Blanchard et Watson, 1982, Froot et Obstfeld, 1991 et Evans, 1991). Nous suivrons la seconde définition. Comme le remarquent Mishkin et White (2002), quelle que soit l'origine de la crise – déclin des fondamentaux ou explosion d'une bulle spéculative – une réduction importante et/ou durable de la valeur des actifs boursiers exerce une influence certaine sur l'activité économique. Le choc peut être transmis à la consommation par le canal des effets de richesse (Boone et al., 1998 et Ludvigson et Steindel, 1999), à l'investissement par le q de Tobin et le canal du crédit (Bernanke et Gertler, 1989 et Kyotaki et Moore, 1997) et n'est pas sans conséquence pour la stabilité financière (Mishkin et White, 2002). Enfin, l'évolution du marché boursier affecte plus généralement la confiance des ménages et des entrepreneurs (Caroll et al., 1994 et Poterba, 2000).
Afin d'identifier les crises boursières, nous suivons deux méthodologies différentes. La première approche, dite CMAX, proposée par Patel et Sarkar (1998) appréhende les écarts entre les niveaux extrêmes d'un indice sur une période donnée. La seconde approche, utilisée par Mishkin et White (2002), consiste à identifier les variations de plus de 20 % d'un indice sur différentes fenêtres temporelles. Les crises que nous identifierons ne correspondront pas alors nécessairement à l'éclatement de bulles spéculatives. Une crise boursière s'appréhende selon quatre dimensions : son étendue (titre, indices sectoriels, indices généraux) ; son amplitude (la variation maximale de l'indice) ; sa durée (la durée de la chute des cours) et sa durée de recouvrement (le temps que prendra l'indice pour retrouver le niveau maximal atteint avant le krach).
Crises identifiées pour l'indice France par la méthode CMAX
Note : Au moment de la publication, la crise de septembre 2000 n'avait pas été effacée.
Fréquence des crises de 20 % de l'indice français selon différentes fenêtres temporelles
Méthodologie : nombre de mois qui présentent sur les différentes fenêtres temporelles un effondrement d'au moins 20 % divisé par le nombre de mois de la période considérée.
Lecture : Sur la décennie 1920-1929, le nombre de mois total est de 120 et le nombre de mois où l'indice a connu une chute d'au moins 20 % sur un trimestre est de 4, soit 4/120 = 3.33 %.
Crises boursières identifiées grâce à cette méthode :
• Sur les fenêtres de trois mois, et pour l'indice français, nous identifions des crises en novembre 1931, mai 1932, juillet 1936, juillet 1945, juin 1981, novembre 1987, septembre 1990, octobre 1998, septembre 2001 et juillet 2002.
• Sur les fenêtres de douze mois, et pour l'indice français, les crises suivantes sont identifiées : 1930, 1931, 1933, 1934, 1936, 1938, 1944, 1945, 1949, 1958, 1974, 1977, 1981, 1987, 1990, 1995, 2001 et 2002.
• Sur les fenêtres de vingt-quatre mois, concernant l'indice français, des crises sont identifiées en 1930, 1932, 1934, 1945, 1950, 1964, 1967, 1974, 1977 et 2002.
• Enfin, sur les fenêtres de trente-six mois, pour l'indice français, nous identifions des crises en 1934, 1950, 1964, 1967, 1976 et 2002.