© Melchior 2007 : Ressources pédagogiques pour les professeurs de sciences économiques et sociales des lycées (SES)
En quinze ans, Worldcom, petite compagnie de discount téléphonique, fondée en 1985 par Bernard Ebbers, un hôtelier canadien émigré à Clinton (Mississippi), s'est muée en rivale des géants AT&T et British Telecom. La déréglementation téléphonique, le boom de l'Internet expliquent l'ascension irrésistible de WorldCom. L'entreprise a conclu quelque 70 acquisitions en quatre ans, s'est arrogé un réseau de 150 000 kilomètres de lignes téléphoniques, a racheté CompuServe, pionnier du courrier électronique, UUNet, solution de communications Internet pour les clients d'affaires, ou le puissant MCI, le grand concurrent d'AT&T, en 1999.
Ainsi, avec l'arrivée de ces technologies radicalement nouvelles, et comme beaucoup d'autres opérateurs alternatifs de par le monde, Worldcom a anticipé ses besoins en visant le niveau technologique supérieur. Il y a eu donc un surinvestissement dans les réseaux de communication entretenu par les performances techniques et l'attirance pour des "rendements croissants" résultant d'infrastructures à coûts fixes élevés. Mais, comme la structure de l'offre est devenue pléthorique, les prix ont été tirés vers le bas. Au milieu de l'année 2002, on estime à seulement 30% la part des capacités disponibles effectivement exploitées.
Cependant, cette stratégie a été fragilisée par la concurrence de la téléphonie mobile et du courrier électronique qui dominaient la progression des communications longue distance. En juillet 2000, la volonté de racheter Sprint pour s'implanter dans ce double secteur a été interdite par les autorités antitrusts aussi bien américaines qu'européennes.
Ajouté à cette surcapacité des réseaux, la guerre des prix entre les rescapés de la bulle Internet ont rapidement menacé Worldcom avant de couler son titre en Bourse. La découverte d'une fraude comptable va provoquer un enchaînement fatal. Le 21 juillet 2002, l'entreprise s'est mise sous la protection du chapitre 11 de la loi sur les faillites : cela signifie que l'entreprise peut continuer son activité à l'abri de ses créanciers. Elle peut ainsi éviter la liquidation à condition de trouver une solution au problème de sa dette.
La fraude a porté sur des manipulations consistant à comptabiliser des dépenses d'entretien en dépenses d'investissement pour un montant de 7,18 milliards de dollars (août 2002). La dette de 41 milliards de dollars est appuyée sur des actifs d'abord évalués à 107 milliards. Néanmoins, la possibilité d'utiliser ces actifs dans une stratégie de désendettement est limitée car 50,6 milliards d'actifs seraient survalorisés ou intangibles.
"La faillite de WorldCom montre bien que la crise des télécoms n'est pas terminée, même si l'on est probablement au sommet d'un mouvement initié à la fin des années 1980 avec la libéralisation, la déréglementation et la privatisation du secteur. Ce mouvement a permis l'émergence d'un nombre considérable de nouveaux acteurs et une démultiplication de l'offre de produits et services. Je ne citerai qu'un chiffre: moins de 5% de la capacité mondiale des réseaux en fibre optique est actuellement utilisée. Il s'agit donc bien d'une crise massive de l'offre. Et les faillites et le surdendettement de ces entreprises produisent désormais des effets en cascade sur le système bancaire, les assurances et le monde de la finance dans son ensemble" souligne Elie Cohen, Directeur de recherche au CNRS, dans une interview à Libération datée du 22 juillet 2002.