Entre confiance et règles : le cas des marchés financiers

Un précédent fameux : le scandale de Panama

Pour Michèle Saint-Marc (1), la période qui s'ouvre en 1882 est marquée par l'affairisme. Il s'agit de "la complicité de certains membres du monde des affaires (chefs d'entreprise), de la Bourse, de la politique et de la presse pour tromper le public afin de lui faire acheter ou vendre des titres pour que les cours boursiers varient dans le sens souhaité par eux" (1983). L'archétype de l'affairisme est donné par le scandale de Panama. Ferdinand de Lesseps, âgé de soixante-quinze ans, se lance en 1880 dans le projet de percer l'isthme américain. Il établit un budget notoirement sous-évalué de 600 millions de francs quand les ingénieurs l'estimaient compris entre 1 000 et 1 200. Or, cette somme, souscrite par de nombreux petits épargnants, fut bientôt dépensée dans des avantages accordés à presse pour qu'elle vante le projet autant que dans les premiers travaux. En juin 1888, pour faciliter une nouvelle collecte des fonds, la Compagnie obtient du législateur la possibilité d'émettre des valeurs à lot, c'est-à-dire de lier la souscription à une sorte de loterie. Mais il apparaît bientôt que ce vote a été obtenu grâce à des avances à de nombreux parlementaires, dont Rouvier, ministre des finances qui devra démissionner. De toutes façons, cet emprunt rapportera peu et, en décembre 1888, la Compagnie devra suspendre ses paiements. Lors de sa liquidation, elle laissera un passif de 1 300 millions de francs, dont un tiers avait été utilisé à des dépenses de publicité ou de corruption, à la charge de 85 000 petits souscripteurs.

 

(1) Saint-Marc, Michèle, Histoire monétaire de la France, (1983), Paris, PUF